Blue Jasmine – Woody Allen

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Allez, si on allait au cinéma… Ça fait longtemps. On aimait ça quand on était jeunes, le cinéma. On y allait toutes les semaines et même plusieurs fois, parfois. Ça nous faisait du bien, on ne pensait à rien d’autre et puis après on débattait autour d’un verre, on se refaisait le film, tu te souviens ? C’est pas si vieux, va…
Il y a le nouveau Woody Allen. Oui je sais, ça risque de nous énerver, il est un peu hystéro mais la critique est bonne, allez, on essaie. Au moins deux heures pendant lesquelles on ne pensera pas au boulot.
« Deux heures pendant lesquelles on ne pensera pas au boulot… » raté !! Dix minutes de film, je suis dedans, absorbé par l’écran, mon esprit refuse de s’échapper, il tient bon. Aucune pensée parasite, pas l’ombre d’un client mal luné ou d’un collègue belliqueux. Tout va bien, je pourrais presque fermer les yeux (ce serait un peu con au cinéma…). Et puis soudain le boulot revient et s’invite dans l’écran. En plan large. Alec Baldwin offre un sac de golf à son fils. La marque que je vends. Des putain de références avec lesquelles je viens de passer la journée sous forme de tableau Excel . Et voilà mon esprit qui se barre et décortique le sac en question ! Tiens, c’est quoi cette couleur ? On ne la vend pas en Europe, sûrement une exclu US…Et les bois, je ne reconnais pas ces cache-bois. Les amerloques ont encore fait une série spéciale en loucedé?…Ahhhhhhh !! Plan suivant, plus de sac de golf, retour au film. Le cœur battant, le front en sueur, je retourne à mon Woody (Woody = bois = golf= stop !!) Bon, c’était ma minute parano-boulot.
Nous sommes donc allés voir le dernier Woody Allen, le cinéaste le plus productif de l’histoire, bien sûr. Un film par an, et vas-y que j’enchaine, forcément, il y a à boire et à manger, comme on dit chez nous. Woody Allen, à priori ce n’est pas vraiment notre (oui j’inclus ma chère dans ce nous) tasse de thé. Woody est un hâbleur. Le cinéma de woody n’est pas un cinéma de la contemplation, euphémisme. Blah, blah, blah, blah. Je ne dis pas que tous les films devraient ressembler à des clips supervisés par Terence Malick, mais quand même.
Alors, me direz-vous, pourquoi s’enfermer dans une salle obscure à 22:05, un soir de semaine quand les à priori sont aussi négatifs ? Honnêtement, je cherche encore.
Blue Jasmine est le portrait d’une femme qui chute. Cate Blanchett y interprète une grande bourgeoise qui pourrait être la femme de Bernard Madoff, une femme qui a tout perdu en quelques heures, qui se retrouve sans rien, qui se rend compte qu’elle N’EST rien que cette façade qu’elle entretient. De déprime en dépression profonde, de mensonges en reconstruction impossible, elle trébuche sur tous les obstacles, se rapprochant un peu plus de la folie à chaque instant.
Cate Blanchett est incroyable. La dernière scène du film est mémorable et rien que pour elle, Blue Jasmine vaut le coup d’être vu.
Mais Blue Jasmine reste un film de Woody Allen, un peu trop hystérique à mon goût. Une très belle idée de départ, un très beau portrait et puis du blah blah quand le silence s’imposerait. La première scène, un monologue surgonflé au prozac, est d’ailleurs un clin d’œil très malin d’Allen à ses propres travers.
Des seconds rôles un peu caricaturaux, des situations improbables qui viennent un peu trop forcer le trait, comme le dit ma chère, on dirait une fable, un conte pour adultes, vaguement moralisateur (l’argent c’est pas bien tu vois, et les pauvres, eux ils s’éclatent). Donc un résultat mitigé malgré, encore un fois, une Cate Blanchett absolument sublime.
Mais comme dit (clin d’œil à l’Alsace !), si vous n’aimez pas, n’en dégoutez pas les autres.
N’aviez qu’à pas y aller. C’est dit.