Esprit d’hiver – Laura Kasischke

esprit

Maman tu essaies d’effacer ton ombre

Attention horreur intime, Thriller psychologique absolument étouffant et glaçant à la fois.

Un huis clos irrespirable entre une mère et sa fille adolescente, le jour de Noël. Holly Judge (les noms ont-ils une importance ?) est une mère et une femme heureuse ou presque qui vit dans la banlieue de Detroit avec son mari Eric et leur fille adoptée, Tatiana. C’est le matin de Noël, jour de bonheur familial s’il en est et pourtant tout semble se dérégler dès les premiers instants de la journée.

Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux. Holly ne peut se détacher de cette phrase qui lui revient sans cesse. Quelque chose est là qui la mine. Eric part chercher ses parents pour le repas, Holly doit préparer la table. Il y aura des invités. On se fera des sourires de façade. Parce que c’est Noël et qu’il faut avoir l’air d’être heureux le jour de Noël.

Tatiana a l’air étrange. Elle qui est si douce d’ordinaire est habitée par une sorte de rage contre sa mère. Les sarcasmes fusent, les portes claquent. Holly ne comprend plus sa petite fille. Le silence s’installe dans la maison alors que la neige tombe à gros flocons et que le blizzard s’installe. Bientôt les routes sont coupées, les invités ne pourront pas venir et les deux femmes seront bloquées toutes les deux dans la maison.

Les heures passent, Tatiana est de plus en plus perturbée, de plus en plus glaçante. Elle en devient inquiétante, puis bientôt, menaçante. Le huis-clos se transforme en affrontement, jusqu’à l’apothéose et l’extraordinaire conclusion de ce roman tendu comme un string (oui je sais..).

J’ai mis du temps à m’attacher à ses deux femmes. Je ne suis pas rentré facilement dans le roman. Les rapports mère-fille m’effleuraient sans me toucher et j’espérais en vain que la neige cesse, que le père rentre et qu’il mette une bonne fessée à tout le monde -Commentaire ultra-machiste non assumé-

Mais voilà. Les 70 dernières pages sont un sprint dont on ressort au bord de la crise d’apoplexie. Bien sûr, TOUT l’intérêt de ce scénario repose sur le déroulement de la journée et de ce retour sur l’adoption qu’Holly opère, sur ses frustrations non assumées, sur ses regrets. On termine le bouquin le souffle court avec une furieuse envie de retourner en arrière, de trouver les indices cachés qu’on n’aurait pas su voir.

Laura Kasischke est un virtuose, un des plus grands écrivains américains contemporains. Tout est là, au bon endroit. Les mots font mouches, les phrases sont calibrées et pleines de sens. Le scénario est à faire pâlir tous les nominés au Goncourt et à décourager les écrivaillons du dimanche.

L’apéro, vite.

Esprit d’hiver, Laura Kasischke, éditions Christian Bourgeois

One comment

  1. je ne partage pas ton enthousiasme . Certes c’est virtuose , mais c’est également plein d’une sensiblerie américaine tellement beurk ! ça colle aux doigts .
    Et on enfile les clichés comme des perles… il faut supporter.
    Alors oui , je l’ai lu vite , non je n’avais pas deviné quoi exactement quoi, mais cette fameuse phrase de départ est tellement lourdingue !!! on a bien compris que Monsieur le Diable est entré ds la maison , va …

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