Terminus radieux – Antoine Volodine

couv Terminus radieux

La seule chose qu’ils faisaient ensemble, de façon continue, était de marcher entre les arbres du matin au soir, d’automne à automne, d’une décennie à l’autre.

Je referme Terminus radieux un peu groggy et je me dis, c’est rare, que sans doute jamais je n’oublierai ce bouquin. J’y reviendrai même souvent, je le comparerai à d’autres cauchemars littéraires, j’y ferai référence, j’en relirai certains passages comme on revisite malgré nous certains rêves un peu trop gris dans lesquels on se sent mal à l’aise et dont on voudrait bien trouver la sortie.

Terminus Radieux est un choc, la représentation la plus proche de l’enfer que j’aie eu l’occasion de lire. Un voyage sans but, lent, onirique, de plusieurs siècles, dans la steppe et la taïga. Le décor fait appel à ce que Volodine appelle le post-exotisme, comprenez une sorte de SF post catastrophe nucléaire qui observe et dissèque la fin de l’Homme à travers ses derniers repères, ses dernières convulsions.

-Prisonnier non, mais tu es sous la surveillance de Solovieï, dit Myriam Oumarik  -Ça veut dire quoi, sous sa surveillance?  -Boh, ça veut pas dire grand chose, précisa Hannko Vogoulian. Il a sur toi un droit de vie et de mort, ça va pas plus loin.

Fin de la deuxième union soviétique, le monde, binaire, est divisé entre communistes et capitalistes. La catastrophe nucléaire a eu lieu. Les terres contaminées sont devenues impropres, les hommes, pour la plupart, sont morts en quelques jours. Seuls quelques soldats errent encore dans la taïga, attendant la fin. Kronauer, soldat soviétique, marche assoiffé et affamé dans ce paysage désolé. On imagine The road de Mccarthy, on pense à l’univers de Bilal. Un train, lent, peuplé d’ex-militaires zombies démobilisés, parcourt la steppe sans autre but que de trouver un camp, dans lequel ces soldats pourront enfin être fait prisonniers et mettre fin à leur errance. Kronauer, lui, débarque dans le Kolkhoze Terminus radieux, un lieu, au-delà de la vieille forêt, gouverné par l’omnipotent Solovieï, sorcier poète illuminé, pluri-centenaire, entouré de ses trois filles et d’une horde de zombies qui semblent trainer leur peine dans ce purgatoire insensé, irradié et pollué par des résidus de chamanisme, de Stalinisme, d’inceste et de féminisme forcené. Mi- vivants, mi- morts, ces personnages errent à l’intérieur d’un cauchemar qui ne parvient pas à se terminer. A côté de cet enfer absolu, de l’insupportable idée de l’immortalité et de l’impossible repos, The Road passerait presque pour une balade sympathique…

La journée se déroula ainsi, dans la lenteur, l’absence d’initiative collective, l’absence d’activité descriptible Le convoi avance. Dak dak, dak-dak, dak dak. La nuit tombe, l’obscurité s’étend sur toutes choses. Un des conducteurs, par exemple Hazdobol Münzberg, allume les phares, mais parfois il oublie de le faire et le train traverse la nuit sans que la voie devant lui soit éclairée.

Alors chef d’œuvre ou délire anecdotique habité? Le livre fait débat, au-delà du Prix Médicis qu’on lui a attribué à l’automne. Certains voient en Volodine un génie visionnaire doublé d’un écrivain majeur, d’autres le considèrent comme un hâbleur aux délires compulsifs et obsessionnels, un sorte d’imposteur littéraire. La seule chose que je sais, c’est l’effet incroyable que Terminus Radieux a eu sur moi, la facilité avec laquelle j’ai avalé ce pavé (617 pages) lent comme 1457 hivers sans soleil. Volodine, ses poèmes incantatoires, sa capacité à décrire sur la longueur, des silences, des forêts immobiles, des nuits et des siècles sans lunes, m’a complètement fasciné, comme si moi aussi, je m’étais fait attraper par Solovieï, le sorcier maléfique de Terminus radieux.

Il va falloir que je lise du léger, léger pour enlever ce sale goût amer que les irradiations ont laissées au fond de ma gorge…

Terminus radieux, Antoine Volodine, éditions Fictions & Cie

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