Football – Jean-Philippe Toussaint

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Voici un livre qui ne plaira à personne, Ni aux intellectuels, qui ne s’intéressent pas au football, Ni aux amateurs de football qui le trouveront trop intellectuel. Mais il me fallait l’écrire, je ne voulais pas rompre le fil ténu qui me relie encore au monde.

 

Voilà, tout est dit, j’imagine, dès le préambule de ce texte un peu étrange, foncièrement à part. Pas un roman, pas un essai non plus, une réflexion sur un désamour, celui d’un écrivain pour une passion, un auteur dont j’ai appris à adorer l’œuvre à travers ses romans « Marie-Madeleine » Fuir, Nue, Faire l’amour, autant de petits joyeux que je bichonnais, guettant la sortie d’un nouvel opus sur lequel je me jetterais bien entendu, grossissant un peu plus une PAL qui déborde sur les côtés.

C’est aussi pour cela que le football, dans l’instant où on le regarde, développe une telle qualité de suspense. Quand on regarde un match de football, l’avenir, à brève échéance, est irrésolu, il est fondamentalement ouvert.

Football. Tout un programme et pourtant. Chronique du désamour progressif de l’auteur pour sa passion du ballon rond, Football est avant tout une réflexion sur le temps qui passe, sur la mort qui se rapproche chaque fois un peu plus de l’homme devenu mûr, sur la vie qui a déjà un peu envie de se barrer parce que rien n’est aussi important qu’avant. Je surinterprète forcément, Toussaint n’a sans doute pas voulu mettre tout cela dans ce texte mais il est vrai que le football en tant que sujet peut apparaître comme un prétexte ici. Toussaint se place en observateur des foules, se plonge dans la vie d’un pays organisateur (Japon), vit au rythme décalé des hymnes, expressions désuètes d’un chauvinisme presque ridicule. Il observe, contemplatif, la foule qui se déplace et dont on a le sentiment qu’il ne veut pas vraiment faire partie. Toussaint vit le match comme un moment ultime, presque une expérience de mort immédiate. Et puis un jour il n’en a plus grand chose à faire et le cirque continue. Sans lui.

Alors oui, Toussaint a raison, son texte n’intéressera personne. C’est un livre pensée très personnel, peut-être trop, pas inintéressant mais qui laisse un vague arrière-goût de WTF à la fin …

Le football, pendant qu’on le regarde, nous tient radicalement à distance de la mort. Je fais mine d’écrire sur le football, mais j’écris, comme toujours, sur le temps qui passe.

 

Football, Jean-Philippe Toussaint, les éditions de minuit

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