Tiens ferme ta couronne – Yannick Haenel

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À la voir ainsi éclairée, et le visage pensif, j’ai compris qu’elle m’attirait parce qu’elle était étrangère à la lumière qui la traversait; en elle, la discrétion se confondait avec l’indifférence: elle était peut-être ainsi avec les autres, mais surtout avec elle-même.

Une errance. Poétique, éthylique et littéraire. Voilà à quoi ressemble Tiens ferme ta couronne, le dernier roman, primé, de Yannick Haenel, dont le précédent Les renards pâles (Je cherche l’Italie n’était pas un roman), errance là aussi, politico-poétique dans les quartiers où j’habitais à l’époque, près de Gambetta, m’avait laissé totalement admiratif et continue de venir me rendre visite régulièrement, quand j’erre, moi aussi, ça m’arrive encore, dans ces rues habitées par des ombres hésitantes.

Depuis plusieurs années, je laissais ma vie rouler sur elle-même : j’avais confiance, et en même temps je m’en foutais

Le chemin est-il plus important que la destination finale? Je me le demande parfois quand je déambule avec ce narrateur érudit, un peu perché au sommet de ses lectures et de ses écrits, qui se nourrit d’art, qui a rédigé un scénario improbable sur Melville (Pas Jean-Pierre) et le ferait bien réaliser par Michael Cimino, cet artiste majeur auteur du Voyage au bout de l’enfer, the deer hunter, qui après la gloire connaitra l’échec puis se retirera plus ou moins pour observer le monde souillé dans lequel il vit…

Loser magnifique en fin de droits, le héros erre, de Paris XX à New York, de Colmar à l’Italie. De rencontres improbables en discours enflammés sur la littérature, nous suivons ce pré-clochard presque céleste dans sa chute magnifique, une chute dont on se demande parfois si elle n’est pas une ascension, via une dimension parallèle, tant les codes ici sont perturbés et les scènes s’observent comme on vit un rêve foireux et vaguement bienveillant. On marche sur une crête et on est prêts à basculer. Côté noir ou lumineux, côté échec ou succès, mensonge ou vérité.

Il y a quelque chose de charmant et pourtant d’insaisissable dans ce texte qu’on ne compare à rien, qui perd parfois un peu la tête mais qui ne manque jamais d’inspiration. Alors oui, je kiffe Haenel parce que je ne sais jamais où il m’entraine, même s’il y a toujours un petit détour par l’Italie et par le XXème arrondissement. J’admire sa virtuosité et sa littérature. Ce gars me raconte des histoires dont je n’ai pas grand-chose à foutre, des histoires de baltringues inspirés et avinés et je le suis comme son ombre, avec toujours dans un petit coin de ma tête, le sentiment de n’avoir peut-être pas tout saisi et d’en être malgré tout, absolument ravi.

A-t’on besoin d’autre chose que de vertige ?

Tiens ferme ta couronne, Yannick Haenel, éditions Gallimard

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