VNR – Laurent Chalumeau

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Là, tu vas vite regretter que je ferme ma gueule, crois-moi. Donc, pour l’instant, si par moments tu trouves que je fais long, que je, comment c’est l’expression, que je me « perds dans le détail »,tu sais quoi ? Profite, mon pote. Savoure. Parce que plus ça dure, mieux t’es. Crois-moi : t’es pas pressé que je me taise.

Depuis quelques années, depuis Kif et VIP pour être précis – je sais, je m’y suis mis tard – je suis addict au Chalumeau comme je le serais des chips au cheddar ou à la Guinness tiède. Chalumeau c’est la gâterie littéraire, celle qui te fait sourire avant même de l’ouvrir. Tu sais que tu vas te marrer, que tu n’as aucune chance de t’ennuyer, que tu ne vas pas t’embourber dans le vocabulaire trop soutenu d’un nostalgique mal soigné d’une dépendance amoureuse à la littérature du XIXème, qui était super, quand on l’écrivait au XIXème siècle.

Laurent Chalumeau, lui, dépeint, toujours avec beaucoup d’humour et une gouaille populaire à la Fredéric Dard, notre société malade de ses excès en tous genres. Ça rigole velu, mais pas que. Ça taille aussi. A la serpe si possible, à travers le portrait de personnages toujours à la limite jamais tout à fait franchie de la caricature.

VNR ne fait pas exception. Il chatouille même méchamment et nous impose un rictus parfois malaisé qu’on n’avait plus affiché depuis les premiers Tarantino et surtout depuis c’est arrivé près de chez vous. Et vous verrez, si vous le lisez, que le Alain du récit a parfois des faux-airs du Poelvorde débutant qui nous expliquait presque naïvement comment lester le corps d’un enfant avant de le balancer dans le canal. Car oui, Alain le bavard est un serial killer. Certes débutant et presque maladroit – il s’en excuserait presque auprès de ses victimes – mais Alain est un découpeur vengeur en mission qui fait la peau (littéralement) à ceux qui ont précipité sa chute. Et surtout la chute du couple hormonieux – de son point de vue plutôt phallique – qu’il formait avec Vero, sa femme, avec qui il vivait heureux jusqu’à…

Comme elle était gaulée et qu’elle aimait la danse, elle était majorette.

Oui Alain se venge. Un Dexter à l’accent picard, méthodique et appliqué mais un peu pataud et très bavard. VNR est un monologue en trois étapes dans lequel notre serial killer, beaucoup trop sympathique pour n’être considéré que comme une fine lame, retrace avec nous, et surtout avec ses victimes ligotées et bâillonnées en attente de suplice, le chemin qui l’aura conduit vers les pires tortures qu’on puisse imaginer.

Et c’est drôle. Oui c’est horrible de se marrer dans ces circonstances mais c’est déjà arrivé. La langue de Laurent Chalumeau est tellement vivante qu’elle emporte tout et tout le monde en prend plein la tronche, des couples libertins aux petits chefs peloteurs , des psys qui savent tout aux avocats et aux patrons capitalistes en passant par les hommes politiques dont les promesses ne valent rien sauf pour ceux qui les croient. Tout ce petit monde y est décrit, souvent les fesses à l’air ou en l’air, puisque c’est souvent le sexe qui dirige le monde et dans ce cas précis, les lames bien aiguisées de notre découpeur hâbleur dont on dévore la prose et redoute la scie sauteuse (tout est suggéré, VNR n’est pas gore, rassurez-vous).

Un vrai bonheur en tout cas, un OLNI bien sûr, que j’ai dévoré, lu d’une traite avec un goût de pas assez. Hautement recommandé.

VNR, Laurent Chalumeau, éditions Grasset.

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