ZE Best of 2012 – Les lisières

Olivier Adam – Les lisières -Flammarion

les-lisieresAh Olivier Adam…J’adore depuis le début. Depuis « Passer l’hiver » une collection de nouvelles bien tristes, sorties en 2004. Olivier Adam est doué comme personne pour parler d’un quotidien qu’on préfèrerait ignorer. Il sublime la France moche, à grands coups de banlieues grises, de lotissements et de maisons « Catherine Mamet ». Il parle de la tristesse ordinaire, du ciel gris et de la médiocrité banale. Des fables sociales (« A l’abri de rien »), souvent désespérées mais toujours justes. Un Zola moderne? Germinal à Bussy Saint George? Il y a un peu de ça. On adore ou on déteste. Moi jusque-là, j’ai adoré.

Et puis « Les lisières » est sorti pour le rentrée littéraire. A grands renforts de publicité, le livre s’est vu propulsé au rang de favori pour la moisson des prix de novembre. « Les lisières » en lice pour le Goncourt, le roman s’est retrouvé à la une de tous les journaux, encensé ou purement démonté par la presse, un phénomène de librairie annoncé.

Bon alors, bien ou pas? pas simple de répondre. En tous cas pas pour moi. On dit d’Olivier Adam qu’il est geignard. La lecture des « Lisières » ne peut que confirmer cette impression. Oui mais voilà. Olivier Adam, c’est un peu mon double. Le talent en plus. Il écrit comme je rêverais d’écrire, sa culture est la mienne, nous avons presque le même âge, un côté ours mal léché, sombre, maussade, solitaire. Et si Olivier Adam se complait  parfois dans la mélancolie, j’avoue également une certaine attirance pour les dimanches pluvieux…

Le problème c’est la posture. Adam nous parle de sa vie d’écrivain à succès. Il décrit un personnage malheureux car incompris, les rapports difficiles avec ses parents, avec son frère. Il nous raconte son couple, qui n’en est plus un. Il crache un peu sur tout ce qui bouge. Il décrit la banlieue avec une justesse hideuse tout en revendiquant son appartenance à ce monde. Il dénigre le snobisme parisien bobo et la gauche bien-pensante, les Inrocks, Libé. Il vomit la droite et les bourgeois déclarés. Mais Olivier Adam est doué et il a le don de parvenir à dégoupiller ses propres effets. Il se moque de ses propres postures en faisant de son personnage une caricature, un peu comme Emmanuel Carrère dans « Un roman russe », il joue avec nous et nous prend à témoin.

J’ai lu ce roman d’une seule traite. Et même si j’ai parfois eu envie de le balancer à l’autre bout de la pièce, il ne m’est jamais tombé des mains. Parce qu’il est brillant. Caricatural et énervant mais brillant.

C’est officiel, Olivier Adam énerve  une partie de la critique. J’ai écouté « Le masque et la plume » la semaine où il a été chroniqué. Une exécution en règle. Pas justifiée, un peu malhonnête, même. Le roman était moins critiqué que l’homme. On lui reprochait à demi-mots d’avoir craché dans la soupe. Il s’était mis ses pairs à dos. Adam n’a pas eu le Goncourt. Ni le Renaudot, ni le Médicis, rien. Alors on se souviendra que Houellebecq a dû attendre longtemps avant d’obtenir la reconnaissance du milieu littéraire.

Les Lisières, d’Olivier Adam, Flammarion

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