Vert-de-gris – Philip Kerr

Un héros fatigué.

9782702436356-G    « On pourrait dire que je suis fatigué de ce foutu cirque. Pendant vingt ans, j’ai été forcé de travailler pour des gens que je ne pouvais pas sentir. Heydrich. Le SD. Les Nazis. Le CIC. Les Péron. La mafia. La police secrète cubaine. Les Français. La CIA. La seule chose que j’aie envie de faire, c’est de lire le journal et de jouer aux échecs. »

J’avais adoré la Trilogie berlinoise. Les tribulations d’un flic allemand pas du tout nazi sous le IIIème Reich à Berlin. Bernie Gunther, né au mauvais moment au mauvais endroit avait le grand tort d’être germain et de tenter de survivre à ce simple état de fait.
Pas non plus animé d’une conscience particulièrement résistante ou héroïque, Bernie passait entre les gouttes, punissait les pires salopards (dans un style désinvolte à la Tarantino), et poursuivait son chemin, épaules basses, œil fatigué, espérant juste qu’on lui foute enfin la paix.
Le retour de Gunther avec Vert-de-gris, c’était l’assurance de passer un moment agréable, de survoler l’horreur de la deuxième guerre mondiale sans jamais se laisser envahir par la réalité des faits. Il n’y avait pas mieux que ce bon vieux Bernie et sa répartie unique pour distiller une réplique mémorable au moment même où il allait mourir…Il y avait un côté James Bond chez ce gars-là, une dimension magique qui faisait qu’on en oubliait presque l’essentiel. Bernie Gunther était un homme fatigué de vivre cette époque.
On retrouve notre héros en 1954, à la Havane. Il cherche à fuir Cuba et en moins de cinq pages, le voilà, faisant l’amour à une dissidente cubaine magnifique, fuyant l’ile par la mer et très vite coursé par la CIA. Cascades, amour, action. Du James Bond, je vous dis.
Oui mais voilà. Un deuxième livre commence alors qu’à peine dix pages ont été tournées. Gunther s’est fait attraper par la CIA et la seule action que le roman va bien vouloir nous offrir, transitera par la mémoire de l’ancien flic. Les américains sont à la recherche d’un des chefs de la toute nouvelle Stasi, une vieille connaissance de Gunther et c’est à ses souvenirs que les agents de la CIA vont faire appel. Avec très peu de bienveillance.
1940, en France, Gunther se souvient des français tout juste vaincus…le jugement est sans pitié :
« -Tu n’aimes pas beaucoup les Français, hein ? dit Renata.
-Je fais de mon mieux. Mais ils rendent la tâche extrêmement difficile. Même dans la défaite ils semblent s’entêter à croire que c’est le meilleur pays du monde. »
Ou encore… « Les Français ne voulaient pas admettre que presque autant de leurs compatriotes que d’allemands avaient été nazis. » Mais les Russes et les américains enprennent tout autant pour leur grade…

Gunther est un héros usé qui en a marre de se faire secouer dans tous les sens de l’histoire… « Ne me bousculez pas. J’ai besoin de raconter cette histoire à ma manière. Quand quelque chose a dormi pendant si longtemps , on ne le secoue pas par l’épaule en lui criant dans les oreilles. » Gunther manie l’ironie et le cynisme comme les seules armes qui lui restent. Il ne croit à rien et surtout pas au nouveau monde qui s’est construit sur les ruines de l’Allemagne détruite. Il déteste les nazis, les Français, les Russes et sans doute plus encore, les Américains, présentés comme les empereurs absolus de l’hypocrisie.
Bernie est fatigué. Il veut fuir ce monde de merde dans lequel il est né.
Il veut la paix, en quelque sorte.

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