Belle et Bête – Marcela Iacub

1062580-belle-et-bete-de-marcela-iacub-ed-620x0-2    Je l’ai lu. Pire, je l’ai acheté !

J’ai hésité mais pas longtemps. La curiosité a été plus forte que le dégout provoqué par la démarche. C’était comme si j’avais acheté un numéro spécial de Closer, voire de Newlook. Un truc que j’imaginais bourré de révélations graveleuses, d’images compromettantes, de bouts de seins et de culs volés par un paparazzi. Je n’en menais pas large au comptoir du Relay H quand je suis passé à la caisse. Acheter Belle et Bête, c’est quand même un peu la honte. C’est assumer son statut de voyeur du dimanche aux yeux des autres clients…Pas pu m’empêcher de cacher la couverture…

On a déjà tout dit sur ce livre et Marcela Iacub en a pris plein la tronche avant même que le bouquin ne paraisse. Pourquoi ? Parce qu’on l’a accusée d’avoir charmé l’homme le plus facile à séduire de France, DSK, dans le but unique de le décrire de l’intérieur et d’en tirer profit. Une pute ? Une pute de luxe ? Une pute pourtant non répertoriée et qui faisait partie du sérail. Une pute insoupçonnable car militante féministe, essayiste émérite, intello respectable de gauche, chroniqueuse à Libération. Marcela Iacub savait bien sûr qu’elle allait se faire trainer dans la boue en sortant ce bouquin. Et c’est finalement ce qui m’intéresse le plus dans son livre. Le suicide public de Marcela Iacub. Une autodestruction.
Elle décrit par le menu les circonstances de sa rencontre avec DSK qui est d’emblée présenté en tant que porc. Sans aucun jugement de valeur bien sûr puisque c’est de l’animal, le cochon, dont il est question. Les mots « cochon » ou « porc » reviennent en permanence, deux ou trois fois par page, dans ce texte de 120 feuillets…On a bien compris l’exercice de style.
« Seul un cochon peut trouver normal qu’une misérable immigrée africaine lui taille une pipe sans contrepartie.»

Dès les premiers mots, le ton est donné. Non ce livre n’est pas une bleuette…Iacub se pose en victime consentante, en proie délicieuse : « C’est parce que tu étais un cochon que je suis tombée amoureuse de toi. Cela a été l’expérience la plus poétique, la plus dense, la plus cruelle, la plus belle, la plus puissante de ma vie.» DSK et elle nouent une relation particulière, supposée intellectuelle et non consommée, basée sur la domination de l’autre : « Tu es ma chose à moi, tu es ma truie à moi. Je t’ai achetée dans un marché aux cochons. » Voilà. Tout est là. Marcela Iacub dit avoir été amoureuse, avoir souffert au-delà de tout. Elle déteste Anne Sinclair qu’elle accuse d’entretenir l’appétit de son cochon de mari « Elle était la gaveuse de cochon ».

L’essayiste s’est sans doute égarée dans cette relation mais elle avoue elle-même qu’elle était déjà sans doute perdue avant…
Elle ne devait pas avoir une haute estime d’elle-même pour accepter tout ça et sa culture du masochisme m’a quand même laissé bien perplexe.
« Tu es la propriété de ce gros cochon-là. Tu es sa chose. Tu es à sa disposition. Il pourra te vendre, te manger, te partager, faire de toi des brochettes, des jambons, des croquettes, te prostituer au profit d’autres cochons ou de chiens, ou d’hommes…][J’ai trouvé ces phrases si belles que je me suis presque évanouie] »… Moi j’ai trouvé ces scènes bien tristes. Je n’y ai pas vu de rencontre. J’ai vu du plaisir solitaire des deux côtés, du sadisme, du masochisme, de l’insatisfaction. J’ai repensé à Michael Fassbender dans Shame.
Je me suis demandé quel besoin Marcela Iacub avait eu de se dégrader devant tous à ce point, je me suis dit qu’elle devait être bien malheureuse, qu’elle devait détester tous les hommes et qu’elle allait entrainer dans sa chute, le plus symboliquement haïssable d’entre eux. Et alors que les dernières pages approchent, la démarche devient plus claire :
« J’ai pensé : je veux tuer ce mec »
« La seule chose qu’il me restait pour oublier le cochon et pour ne plus avoir affaire à toi, c’était non pas de t’assassiner mais d’écrire un livre. »
C’est fait. Allez, on passe à autre chose.

« Belle et Bête », Marcela Iacub, éditions Stock

One comment

  1. Idem pour moi.
    C’est intriguant au début et de plus en plus pénible au fil des pages. Jamais croustillant et encore moins affriolant, toujours triste et surtout terriblement vain.
    Finalement, rien n’est bon dans ce cochon…

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