Wakolda – Lucia Puenzo

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« Ses succès étaient toujours arrivés après des dizaines d’essais ratés, alors qu’il avait les tympans assourdis par les cris de douleur de ses victimes. »

Argentine, 1959. La guerre est terminée depuis 14 ans. Le monde tente d’oublier, le peuple juif panse ses plaies. L’Europe, de l’autre côté de l’Atlantique, se reconstruit. Josef Mengele, le médecin d’Auschwitz, vit tranquillement ces années d’après-guerre. En toute impunité et comme des milliers de nazis, il s’est installé sur ce continent neuf, tellement éloigné de l’Europe que jamais personne ne pensera à venir l’y chercher.

Mais la rumeur vient jusqu’à lui. Le Mossad serait finalement à ses trousses. Il fuit. Direction Bariloche en Patagonie.

Une famille sur le bord de la route. Une petite fille presque parfaite, une aryenne dont le corps a pourtant refusé de grandir. Une énigme pour Mengele qui retrouve ses obsessions et veut faire de Lilith son cobaye…

Wakolda est un roman glaçant, le portrait déshumanisé d’un des plus grands criminels du siècle dernier. “Il éprouvait une curiosité irrésistible à l’égard de l’enfant qu’elle portait : La balance pencherait-elle vers la perfection ou l’anormalité? Des années plus tôt, il lui aurait immédiatement ouvert le ventre. L’impossibilité de disposer des corps qui l’entouraient l’irritait davantage que la grêle qui secouait, au même moment, sa voiture. »

Lentement, le monstre séduit sa proie. Il s’infiltre, il s’immisce jusqu’au cœur de cette famille, il prend possession de leurs corps. Parfois, imperceptiblement, il montre son vrai visage. « Juste une fraction de seconde, pendant laquelle il cessa d’être le gentleman raffiné cet aristocratique qui l’avait éblouie, et redevint l’autre – l’assassin le plus sadique de tous les temps. »

« Enzo avait beau pressentir quelque chose d’étrange, la vie était plus facile quand on fermait les yeux. » On se surprend à observer l’horreur. Comme dans un film de Haneke, on observe les mécanismes de la barbarie ordinaire. Insidieusement, nous emboitons le pas de Mengele, cet homme à l’esprit malade et frustré, un fou parmi les fous, à la poursuite d’une quête quasi divine, celle de l’homme parfait, de la race supérieure, la seule qui mérite qu’on la qualifie d’humaine.

Abominable et implacable.

Lucia Puenzo a adapté elle-même son roman au cinéma. Le film sortira en novembre…un jour de brouillard…Il faudra bien se couvrir.

Wakolda, Lucia Puenzo, editions Stock, La Cosmospolite

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