Le quatrième mur – Sorj Chalandon

 

LE-QUA~1     « J’étais entré en violence pour défendre l’humanité »

Voilà un roman dont on sort en titubant. Un livre qui nécessite un sas de décompression avant de se replonger dans son dimanche, avant de passer à l’apéro ou de regarder Téléfoot. D’un œil.

Bien sûr, je m’étais réjoui de la sortie de ce roman. J’avais tellement adoré Retour à Killibegs il y a deux ans, que j’avais immédiatement installé Sorj Chalandon parmi mes écrivains préférés, de ceux dont on lit tout parce qu’on est sûr d’y trouver ce qu’on cherche. Un verbe, un ton qui nous parle à nous en particulier.

Le quatrième mur est sorti donc, pour la rentrée.  Du gibier de Goncourt, fait sur mesure, qu’on imaginerait bien avec un gros ruban rouge en tête de gondole des Relay H et autres Fnac d’ici quelques semaines.

Nous sommes au Liban en 1982. La guerre civile. Druzes, Chrétiens, Phalangistes, Palestiniens et Israéliens s’entretuent au cœur de Beyrouth éventré par les bombes. Un homme, un jeune gauchiste français décide d’honorer la promesse faite à un ami et tente de monter Antigone d’Anouilh au milieu des ruines. Il veut des acteurs de tous bords, des ennemis à priori irréconciliables qui accepteraient une trêve le temps de quelques heures. Mais c’est la mort ici qui rythme les jours. « Nous étions le 10 février 1982. Arrivé à Beyrouth une heure plus tôt pour sauver Antigone, je chargeais le Tokarev d’un Druze qui rigolait. »

Le quatrième mur, c’est l’histoire du Liban déchiré bien sûr, que Chalandon raconte avec des mots de reporter de guerre, très durs. C’est l’horreur des massacres de Sabra et Chatila, vécus de l’intérieur. C’est l’histoire de la chute d’une homme qui ne peut plus imaginer de vivre après avoir vu l’inimaginable. « J’étais de ces ombres fragiles dont les fusils se lassent. »

Alors, Chef d’œuvre ? Pas complètement malheureusement. Bouleversant, c’est certain car le récit est incroyablement maitrisé et passionant mais Chalandon en a trop rajouté à mon goût. Des coquetteries que je n’avais pas remarqué dans Killibegs, un peu dans Une promesse, mais qui m’ont sauté aux yeux cette fois-ci tant le trait était inutilement forcé par moments. « Je voulais lui offrir des larmes. » Comme un maquillage trop appuyé, un excès de trémolos, de phrases définitives quand le silence aurait, à mon goût, consacré la perfection de la scène. « Je lisais à travers mes larmes. »

Dommage, sans doute…Mais que ces commentaires sur le style ne vous découragent pas. Le quatrième mur est un roman captivant au scénario irréprochable. Une grande histoire.

Le quatrième mur, Sorj Chalandon, éditions Grasset

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