La femme à 1000° – Hallgrimur Helgason

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« On passe sa vie à économiser pour ses vieux jours mais lorsqu’ils arrivent enfin, on a cessé de rêver à la dépense, et ne subsiste plus que le désir de pouvoir pisser au lit. »

Vie et mort d’une femme du siècle, d’une enfant de la guerre.  Voici l’histoire de Herbjörg Maria Björnsson, octogénaire islandaise qui vit ses derniers jours de cancer dans un garage de la banlieue de Reykjavik, clope au bec et ordinateur portable sur les genoux. Une punk aux allures de grande dame, petite fille du premier président islandais et fille du seul et unique nazi islandais.

Hella attend la mort et s’amuse avec les vivants, galerie pathétique d’individus dérisoires. Elle s’invente des vies sur Facebook, se fait passer pour une ex miss monde et fait saliver les crétins bodybuildés à l’autre bout de la planète. Elle pirate les adresses email de ses belles filles, dénonce leurs coucheries, tout en se penchant sur les épisodes les plus marquants de sa longue vie.

De l’enfance à la mort, Hella nous fait remonter le cours de son histoire, dresse le portrait des siens, s’attarde sur son père qui a gâché sa vie « Il porte en lui ce damné amour aveugle qui a poussé tant de pêcheurs à la noyade. »

Une vie sous influence, une vie violentée, violée, impossible et pourtant terriblement attachante. Les chapitres sont courts et pas nécessairement chronologiques. 155 chapitres tout de même dans ce pavé de 632 pages ! La femme à 1000° est un puzzle dont on apprécie chaque pièce avant de l’assembler aux autres. Certains passages sont drôles, très irrévérencieux, ça dégomme à tous les étages :  « C’est un vrai sujet de thèse pour les freudiens de constater à quel point tout ce que les danois possèdent de grand est si petit en taille : Legoland, la petite sirène de Copenhague, le vilain petit canard… » d’autres sont terribles, notamment ceux qui évoquent la guerre « A ma gauche, une ferme brûlait, flammes et fumée et dans les arbres on entendait les premiers oiseaux du printemps. »

Hella s’en prend à l’Islande « Je ne vois que cela depuis ma fenêtre. La cime des arbres et ce ciel de chien pouilleux que des poètes mièvres n’ont cessé de porter à d’insipides nues ». Elle en veut à son pays de l’avoir abandonnée, d’avoir fait d’elle la putain de l’Europe, d’avoir fait semblant de ne pas voir ce qui se passait sur le continent pendant la guerre. « Papa fut condamné par la justice en 1979 pour avoir abattu deux impressionnants conifères à la bordure du jardin de Skothusvegur, et du payer des dommages-intérêts à hauteur d’un demi-million de couronnes. Le procès de Nuremberg à l’islandaise. »

La guerre. Omniprésente dans cette saga qui évoque par moments une fin du monde à la Cormac McCarthy (The Road) « L’un des aspects les plus caractéristiques de la guerre est que, malgré la course à la modernité de l’armement, il s’ensuit toujours une ère de retour aux sources : Voilà que le conflit m’avait jetée dans les bras du Moyen Age, plongée au cœur d’un authentique conte des frères Grimm. » Hella est lasse. Elle est déçue par cette vie de souffrance, déçue par la mesquinerie des siens, déçue pas l’Islande. Elle jette un regard critique sur ceux qu’elle va laisser. « En temps de guerre, tout le monde se sent bien, car personne ne contrôle rien. En temps de paix, le malheur s’empare des gens car il faut choisir et refuser. »

Elle n’aura vraiment aimé qu’une fois. Un amour inconditionnel qui aurait pu la ramener à la vie au sortir de la guerre. le seul qui ait compté. « Mon amour, mon enfant, morte dans une rue étroite, dans une autre vie. »

Elle va s’éteindre. Elle délire alors que l’heure arrive et que les charognards se sont regroupés autour de son lit. Elle a déjà tout réglé. Elle se fera incinérer. Le 14 décembre, c’est prévu elle a réservé. Et elle a bien demandé à ce qu’on fasse préchauffer le four. A 1000°. La bonne température pour qu’il ne reste rien.

La femme à 1000°, Hallgrimur Helgason, éditions Presses de la cité

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