Arden – Frédéric Verger

-arden-de-frederic-verger-68105_w1000

Il fallait bien que ça arrive, un livre m’est tombé des mains. C’était hier soir, plus ou moins autour de la centième page, j’ai lâché ce pavé lourd comme un couscous sans sauce. Il s’est écrasé sur le plancher, il ne s’en relèvera pas.

Ce livre, un premier roman, c’est Arden de Frédéric Verger. Et le pire c’est qu’il fait figure de favori pour le Goncourt…On le murmure à droite et à gauche dans les milieux autorisés (dont je ne fais pas partie…). Et si jamais il n’obtient pas le Goncourt, il aura le Médicis ou le Renaudot, c’est couru d’avance.

J’étais curieux. Je sentais que ce nom, Frédéric Verger commençait à s’imposer comme une évidence alors j’ai plongé, j’ai acheté Arden et je me suis jeté dessus comme si je n’avais rien lu depuis 10 ans. Calmé. Dès la première page. Dès le premier paragraphe. Une phrase compacte de quatre lignes qui ramène au cœur d’une écriture oubliée, celle de nos arrières-grand parents, à l’époque toujours célébrée de l’ultra description esthétique « La bâtisse solitaire se découpait sur le ciel au sommet de la rue des Roulettes, raide côte pavée dont les virages en épingle semblables à ceux d’un col offraient à notre grand-tante un prétexte pour ne jamais sortir de chez elle. Son goût pour les charmes de la nature se satisfaisait de l’enchevêtrement d’orties et de ronces qui s’étendait à l’arrière de l’immeuble. Inépuisable réserve des rats les plus divers, où crépitaient l’été mille vies circonspectes à l’ombre d’un marronnier immense qu’on aurait cru jailli des entrailles de la cave, l’un des marronniers à l’écorce noire, au tronc penché, aux feuilles de dimension tropicale, qui semblent les frères sauvages des marronniers de nos parcs. »

STOOOOOP ça va pas le faire, Vite, un café, des vitamines. Les fantômes de Proust et Balzac rôdent autour de cette première page aussi dense qu’un jour de brouillard londonien en novembre. Je relis la première page. Ok. Il va surement se détendre. Mais non, Verger ne se détend pas. Il ne fait pas du facile à lire lui, il n’a sans doute jamais entendu parler de Marc Levy, Guillaume Musso, Dawn Brown ni même de Pierre Lemaitre qui fait pourtant, à ses côtés, figure d’outsider pour le Goncourt. Verger est un adepte de la littérature hardcore, des paragraphes longs et serrés, des descriptions interminables, des figures de styles d’un autre siècle.

De quoi parle-t-on ? Ah oui, apparemment il y a une histoire mais au bout de cent pages, je n’avais pas eu l’honneur de la rencontrer. Arden est le nom d’une forêt d’Europe centrale, perdue dans une principauté, une sorte de Monaco des Carpates, la Marsovie. Deux hommes, dans un hôtel perdu au milieu de la forêt, Alexandre de Rocoule et Salomon Lengyel y composent des opérettes qu’ils ne parviennent jamais à terminer. Salomon est juif, la guerre arrive et « leur destin va basculer » (formule marketing empreintée aux livres XO, lire pour le plaisir).

J’ai réalisé au bout d’une soixantaine de pages que je n’irais probablement pas au bout de ce livre. Je me débattais avec les interminables descriptions de personnages secondaires, avec les détails de l’architecture de l’hôtel, je faisais des efforts incommensurables pour ne pas lire deux fois le même paragraphe, pour tenter de visualiser l’objet même de ces descriptions. Je pense d’ailleurs que trop de description nuit au propos et crée la confusion chez le lecteur pour finir par le perdre.

BREF, je me débattais avec le roman quand Verger a fini par m’achever page 82 au moment où j’espérais qu’enfin son texte accepte de se délester de ce trop-plein insupportable et se concentre enfin sur l’histoire. L’histoire bordel !! « Donne-moi la main lecteur et partons enfin dans le domaine d’Arden. Devant l’hôtel, une pente herbue montait vers les grands bosquets de chênes et de hêtres. Ils trônaient, sages, lointains, semblables à des guerriers contemplant au sommet d’une crête des exilés errants au fond d’un ravin. » NOOOON !!! c’est pas possible, il va nous raconter la forêt arbre pas arbre, feuille par feuille, gland par gland…c’est trop pour moi. Je rampe, agonisant jusqu’à la page cent et puis soudain, le bouquin tombe à mes pieds.

Je veux bien reconnaitre tous les talents littéraires à Frédéric Verger. Il manipule la langue comme peu savent le faire. Mais à qui s’adresse-t-il ? Qui va s’extasier, en dehors de LA critique sur ces phrases interminables ? On me dit que ce roman est maitrisé du début à la fin et que le développement de l’histoire vaut la peine qu’on s’accroche à ses premières pages. Vraiment ?

J’ai surtout peur que ce texte, qui sera primé dans quelques semaines, éloigne encore un peu plus les lecteurs des librairies. Oui, on lit de moins en moins en France. Et si certains tirent leur épingle du jeu, ils le font grâce à leur capacité à entrainer leurs lecteurs dans une histoire. On peut être rigoureux, littéraire et lisible à la fois, sans faire de compromis pour autant.

Les jurés du Goncourt, du Renaudot et du Médicis ont une responsabilité à mes yeux. Celle de promouvoir la littérature, de mettre en avant l’excellence de l’écriture française tout en ouvrant au plus grand nombre la possibilité de l’apprécier et de prendre du PLAISIR à sa lecture.  Célébrer ce roman serait un acte excluant, qui, à mon sens, attenterait à la santé même du livre en France…

Besoin de lire un bon polar, vite.

Arden, Frédéric Verger, éditions Gallimard

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s