Du Polar – François Guérif

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En France, beaucoup ont encouragé l’idée que le polar, c’est vite écrit et vite lu. On torche un petit polar, une petite histoire sympa et ça peut donner, peut-être, un petit film sympa.

François Guérif, c’est le pape du polar. C’est le Bernard Lenoir de l’écriture noire, l’homme qui a tout lu, tout découvert et (presque) tout publié. A la tête de Rivages Noirs, Guérif baigne dans le crime depuis des décennies. Il côtoie les James Ellroy et les Dennis Lehane de ce monde comme on rend visite à ses voisins de palier. Il est des leurs, il respire le Noir, il est LE Noir.

Alors forcément, naturellement, Guérif a mille anecdotes à conter, mille portraits à tirer. Il a un genre à défendre aussi. Un genre souvent maltraité par le versant intellectuel de l’écriture. Alors il monte au front pour les siens : Une sous musique, comme les collections de polar étaient les collections de sous-littérature, et que ceux qui le considéraient comme de la sous-littérature faisaient partie des élites pensantes.

Il parle des auteurs et de leur souffrance face à un relatif mépris : Les auteurs avaient l’impression de se noyer perpétuellement dans cette espèce d’anonymat, de faire partie d’une machine où plus personne ne faisait la différence entre un bon roman et un torchon.

Pour François Guérif, il ne devrait y avoir aucune différence entre un roman traditionnel et un roman policier dans le traitement qu’il reçoit. Les éditeurs français ont longtemps considéré le polar comme un roman de gare, vite lu, vite oublié, mais Guérif croit en autre chose et défend ses auteurs envers et contre tout: « Qui vous a dit qu’un polar devait être facile à lire ? ». Les Ellroy et David Peace font à son sens de la littérature au même titre que d’autres. Ils parlent de la société qui les entoure souvent mieux que quiconque, ils sont parfois complexes et rarement complaisants.

Ce livre est une ode au Noir. Tous les auteurs que cite Guérif donnent envie de se plonger dans leurs romans qu’il qualifie facilement (très facilement même) de chefs d’œuvres. Il s’emballe et c’est génial parce que le propos est évidemment sincère. De James Lee Burke à Edward Bunker, d’Ellroy à Manchette, ce livre est surtout une extraordinaire galerie de personnages. Une constellation d’écorchés parfois vaguement marginaux qui sont bien plus que ce que laissent imaginer ceux qui dénigrent le genre. Les témoins un peu crasseux de notre côté sombre, des génies parfois ignorés. En tout cas une immense liste de possibles .Le Kiff Noir.

Pour faire un bon roman policier, il faut la même chose que pour un bon roman tout court : Une écriture, une voix.

Du Polar, François Guérif, entretiens avec Philippe Blanchet, éditions Payot

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