Histoire de l’esclavage dans les colonies françaises – Lémy Lémane Coco

9782877638074

Peut-on être blanc, guadeloupéen, riche, descendant de planteurs esclavagistes et ouvrir un hypermarché dans la banlieue de Pointe à Pitre qui porterait le nom d’un ancien navire négrier ? Peut-on pousser le cynisme jusqu’à lui donner la forme d’un navire ?

En 1999, la famille Huyghues Despointes ouvre le centre commercial Milenis et depuis, la polémique fait rage. Haines ravivées qu’on croyait enterrées, vu de la métropole…Toute la complexité du passé colonial de l’île remonte à la surface, accompagnée de ses mauvaises odeurs, à la faveur de la polémique.

Provocation ? C’est la justice qui en jugera puisque les propriétaires ont porté plainte pour diffamation contre deux syndicalistes…ambiance.

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Peut-on visiter la Guadeloupe et les Antilles en général, sans s’intéresser à l’histoire de son peuple ? Zat is ze question. Repasse-moi l’écran total, ça tape.

L’esclavage, c’est la privation fondamentale de liberté d’un individu opprimé par la domination d’un individu oppresseur. Elle vise le profit. L’esclavage conduit à l’aliénation mentale et physique de l’asservi. Le peuple africain a été durant plus de quatre siècles réduit à l’état de marchandises.

Tout le monde connait l’histoire de l’esclavage. Tout le monde a entendu parler de traite des noirs, de commerce triangulaire. Tout le monde sait que pendant deux siècles ou plus entre la fin du XVIIème et du XVIIIème siècle, plus de vingt millions d’africains ont été embarqués de force dans des navires négriers pour devenir des esclaves, développer les colonies, françaises, espagnoles, portugaises, hollandaises, anglaises. Tout le monde connait l’histoire et personne ou presque ne la mesure vraiment.

Souvenir de Richard Drake, trafiquant d’esclaves : Je suis de plus en plus déprimé d’acheter et de vendre des êtres humains pour en faire des bêtes de somme. Le huitième jour en mer, j’ai fait ma ronde sur le demi-tillac, un sac de camphre entre les dents ; car la puanteur était horrible. Malades et mourants étaient enchainés ensemble.)(C’est un cercueil qu’est devenue cette cale atroce : avant d’atteindre Bahia nous avions perdu la moitié de notre chargement.

Lémy Lémane Coco nous propose une histoire de l’esclavage dans les colonies. Son essai est court, concis, didactique. Il explique, le plus simplement du monde, l’ampleur d’un phénomène qui ne s’arrêta définitivement qu’en 1848 avec « Le décret de l’abolition » défendu par Victor Schoelcher, qui repose aujourd’hui au Panthéon. Deux siècles de la pire exploitation possible, indigne, que la France a tolérée hors de ses frontières métropolitaines, elle qui refusait l’esclavage sur le territoire continental. La révolution aurait dû mettre fin à cette horreur et notamment la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen, le 26 août 1789 :  « Tous les hommes naissent libres et égaux en droits ». L’esclavage sera d’ailleurs aboli (suspendu) pendant quelques années, avant que Napoléon ne le rétablisse au nom du profit. Les hommes et les femmes qui avaient retrouvé la liberté, l’espace de quelques années durent donc retourner à l’état d’esclaves et retrouver leurs maitres et leur condition de sous-homme.

Que dire du rôle de l’Eglise, qui cautionna sans jamais s’interposer. Que dire ? Rien. On ne peut qu’essayer de comprendre, lire, écouter. Ne pas oublier.

La mémoire, la seule arme que Lémy Lémane Coco accepte de brandir en invoquant le futur :

Les ambiguïtés de notre histoire nous ordonnent un devoir de mémoire, pour nous aider à fustiger nos hontes et à examiner attentivement ce que nous sommes aujourd’hui : Des descendants d’esclaves.

Histoire de l’esclavage dans les colonies françaises, Lémy Lémane Coco, éditions Orphie

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