Prague Fatale – Philip Kerr

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« L’idée du suicide est pour moi un véritable réconfort : parfois, c’est la seule chose qui m’aide à passer une nuit blanche. »

Il ne faut pas forcément se fier à la couverture grise et lugubre, sponsorisée par AlainDecaux.com. J’ai appris à connaitre Philip Kerr et son fabuleux héros Bernie Gunther, le flic qui était né au mauvais endroit au mauvais moment.

Gunther, c’est le héros récurrent de Kerr, un flic allemand, admirateur de la république de Weimar, perdu dans son pays nazi. Le problème de Gunther c’est qu’il est bon et qu’il se fait repérer dès le début de la guerre par les salopards en chef, ceux qui sont placés tout en haut de la pyramide à la droite de Hitler.

C’est comme ça que Gunther s’est fait enrôler par les SS en 1941, sans rien pouvoir y faire, et qu’il s’est retrouvé sur le front russe, au cœur d’un Einzatsgruppe. Rentré à Berlin en 1942, détruit, désolé d’être encore en vie, honteux d’être né allemand. Gunther commence chaque journée en se demandant s’il aura le courage de se tirer une balle dans la tête. Mais il est toujours flic et toujours bon. Alors il fouille, il gratte et forcément il trouve. Et il tombe amoureux, tant pis si elle a l’air d’une prostituée…

Le général Heydrich qui l’a repéré depuis longtemps, l’appelle à Prague à ses côtés. Il vient d’y être nommé Reichsprotektor et suspecte la résistance tchèque de préparer un attentat contre lui. Gunther n’a pas le choix, il rejoint la capitale tchèque occupée.

C’est un jeu suicidaire qu’il va mener là-bas, un jeu de défiance à l’égard de tous les hauts dignitaires nazi qui l’entourent. Gunther, que Heydrich a chargé d’enquêter sur la mort d’un de ses proches collaborateurs, se prend pour Hercule Poirot, bouscule les hauts gradés, les insulte avec la bénédiction perverse de Heydrich.

Il flirte avec le mal absolu, refuse de se plier au protocole et à l’idéologie nauséabonde qui l’entoure, quitte à en payer les frais. Gunther est un homme vide et Heydrich le sait. Il respecte le courage de sa franchise et s’amuse à regarder le flic mettre des coups de pieds dans la fourmilière. Un jeu dangereux qui conduira Gunther au bord du gouffre, tout près d’une fin qu’il appelle parfois de ses vœux.

Un drôle de roman historico-policier et un héros sans filet, toujours aussi formidable de répartie insolente. Un personnage profond aussi et très attachant, que j’adore retrouver au fil d’aventures qu’il ne choisit jamais lui-même. Il aurait voulu naitre ailleurs, à une autre époque, c’est tout. Il ne faisait pas bon être un héros à Berlin ou à Prague en 1942.

Prague Fatale, Philip Kerr, Les éditions du Masque

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