Only lovers left alive – Jim Jarmush

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Non je ne suis pas objectif. Et je n’ai aucune envie de l’être. Jarmush pour moi c’est autre chose. Un rattachement très fort à mes vingt ans, à la découverte des premiers chefs d’œuvre dans le cinéma les 400 coups à Angers, Stranger than paradise, Down by law, Night on earth et puis Mystery train bien sûr. On ne déconne pas avec ses Madeleines de Proust.

Je sais bien que le New Yorkais, rockeur arty au pelage blanc n’est pas le plus grand cinéaste du siècle. Ses films sont des tranches de vie, des moments de poésie, toujours décalés. Jarmush filme les paumés, ceux qui vivent de l’autre côté du décor en carton-pâte de l’Amérique supposée parfaite. La marge, c’est ce qui fascine Jarmush. Il jette un œil avisé sur l’envers du décor, s’attache à ces personnages imparfaits, rejetons foireux de l’Oncle Sam. l’Amérique ordinaire, authentique, beaucoup moins propre que l’image que veut bien nous donner CNN et Fox News.

Only lovers left alive, une histoire de vampires ? Ouais…je ne suis pas trop Buffy contre Twilight. Méfiance. Mais confiance tout de même. Dès le générique, je m’enfonce dans mon siège. Je reconnais cet univers, c’est le mien. En quelques notes, quelques plans, Jarmush me parle et me plonge dans un état où seuls les disques de Sonic Youth parvenaient à m’attirer il y a quelques années. La lenteur, dès les premières secondes, une sorte de torpeur familière. Jarmush plante le décor et je suis séduit. La musique est omniprésente et je me souviens que les bandes originales de tous ses films ont toujours figurées au premier rang de ma discothèque. Une ville décatie, la nuit, une maison délabrée, un rockeur fatigué au teint pâle, seul avec sa musique, une sorte de Post-rock à la Mogwai. Ça y est j’y suis.

Only lovers left alive est une histoire d’amour entre deux vampires perdus dans le monde moderne, Adam est dépressif et se complait dans une sorte de mélancolie artistique. Il vit, depuis des siècles (littéralement) dans une maison d’un quartier abandonné de Détroit, la ville symbole de cette Amérique malade. Détroit est la ville en vogue du moment. Sa chute semble attirer les artistes qui y voient la marque de la fin d’une ère. Bertrand Cantat, Laura Kasishcke, Jarmush, tous ont pris la mesure de la tristesse qui se dégage de ces quartiers abandonnés. Adam se balade la nuit dans sa vieille Jaguar XJ. Lumières fatiguées, errance triste. Sa femme, Eve, vit à Tanger. Un mariage de plusieurs siècles permet certains aménagements…

Le couple se reforme à Detroit,  alors qu’Adam menace de se suicider. Un regard sur le monde dans lequel nous vivons, une fable mi- désabusée, mi- optimiste, une belle histoire d’amour encore une fois. Only lovers left alive n’est pas un film grandguignolesque sur des Draculas de carnaval. Le folklore y est traité avec sobriété et ces vampires ont plus l’allure de junkies en quête de dope que de dangereux prédateurs. Ils vivent à la marge, par définition et trainent leur mélancolie comme une peine à travers les siècles. Des romantiques en somme, des gothiques, véritables, qui observent le monde dans le lequel ils ont vécu et qui le voient s’effriter au fur et à mesure.

Que voulez-vous, j’ai adoré bien sûr. J’ai  jeté un regard bienveillant sur les coquetteries post-ado de Jarmush, sur son côté rockeur qui refuse de vieillir. Et je me suis régalé. Et puis, personne ne filme la nuit, la ville nue et endormie aussi bien que Jarmush.

Pas objectif je vous dis…Je vous avais prévenus.

http://www.youtube.com/watch?v=p8kw7hKPzJc

 

 

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