BLAST – Manu Larcenet

 

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Je ne suis pas un spécialiste du 9ème Art, comme ils disent à Angoulême. Passée l’époque Lucky Luke, Tintin, Boule et Bill, et Astérix, mon intérêt pour les bulles a décru progressivement et n’a pas survécu à mon adolescence. Quelques exceptions, notables, sont malgré tout venues marquer ma jeunesse à tel point que je revendique aujourd’hui certaines BD comme des sources d’inspiration éternelles. Je pense à La Nuit de Druillet, que j’ai lu beaucoup beaucoup trop jeune et qui a nourri mes cauchemars enfantins, Silence et la Belette de Comès – J’aurai toujours une partie de moi cachée dans une ferme ardennaise en plein hiver-La trilogie Nikopol de Bilal. Et puis BLAST.
Manu Larcenet sort le dernier tome de la série. Pourvu que les bouddhistes se trompent. La fin de la garde à vue de Polzi Mancini, marginal dépressif et schizophrène dont on suppose qu’il est l’assassin de Carole Oudinot, une jeune fille qu’il aurait rencontrée au fil de ses errances. Mancini, monstre imberbe au regard troublant, fait face à deux policiers qui doivent le faire parler et obtenir des aveux pendant les 48 heures que durera sa garde à vue. Mais Mancini le solitaire est décidé à parler, il est même affable et va raconter son histoire, dans les détails, nous entrainant dans son univers à la fois ordinaire et cauchemardesque.
Quatre tomes, plus de huit cent pages. Autant d’images sombres, extraordinairement expressives, de bulles souvent aussi silencieuses que Polzi. Certaines planches sont de véritables tableaux, reflets dérangés de l’esprit malade du personnage principal. BLAST nous plonge littéralement à l’intérieur du crâne de Polzi, de ses angoisses et de ses traumatismes. Fabuleusement addictif. On remonte la piste du meurtre supposé, on sent le drame se profiler, inexorable.
J’ai relu les trois premiers tomes avant de me laisser glisser dans le dernier, la nuit dernière, histoire de faire corps avec le récit. Et le quatrième tome, l’ultime, Pourvu que les Bouddhistes se trompent n’a pas failli, loin de là. Je ne sais pas si on peut parler d’apothéose dans ce cas, le mot est peut-être mal choisi tant ce dernier opus est le récit d’un cheminement vers l’enfer, mais après avoir mis un point final à ma lecture, qui s’est terminée sur une page noire, lourde de sens, je suis resté scotché un moment, le livre en mains, incapable de dire au revoir à Polzi Mancini et sa folie absolue.
Je vais ranger les quatre tomes en hauteur dans la bibliothèque. Il ne faudrait pas que les enfants tombent par hasard sur BLAST en cherchant les aventures des Tuniques Bleues ou de Gaston Lagaffe. Le neuvième art possède parfois cette force d’évocation brutale et unique qui peut vous hanter pendant longtemps.

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BLAST, Manu Larcenet, éditions DARGAUD

 

2 comments

  1. Tu donnes vachement envie… J’ai un peu le même profil que toi côté Bd , le même âge peut-être … As tu lu Art Spiegelmann , Davodeau ou Emmanuel Lepage ( voyage aux îles de la désolation, et Printemps à Tchernobyl, c’est formidable)

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