Terres de sang – Timothy Snyder

9782072424694FS

J’ai mis trois mois à lire ce livre. Il m’en faudra beaucoup plus pour le digérer. Quand je l’ai commencé, les chars de Poutine n’avaient pas encore envahis la Crimée.

Autopsie de l’horreur en un pavé de 650 pages. Tenter de comprendre comment de 1933 à 1945, 14 millions de personnes ont été délibérément assassinées par deux des régimes politiques les plus sanguinaires de l’Histoire. L’Allemagne nazie et l‘URSS Stalinienne.

Pour la première fois, un historien, Timothy Snyder tente une approche géographique de l’horreur et regarde les deux régimes en parallèle. On réalise à quel point les régions, les pays qui se trouvaient sur le chemin de ces deux géants : Ukraine, Pologne, Biélorussie, pays Baltes, étaient destinées à souffrir au-delà de toute commune mesure.

14 millions. En 12 ans. Un chiffre absolument faramineux . Une entreprise délibérée initiée par Staline qui dès 1933 décida d’affamer l’Ukraine rurale, de réquisitionner tous le produit de l’agriculture locale pour nourrir le reste de l’URSS quitte à tuer des millions d’Ukrainiens. Les faits sont abominables, on parle de 6 millions de morts.En 1933, les Ukrainiens devaient mourir par millions, dans la plus grande famine artificielle de l’histoire du monde.

Les parents qui résistaient au cannibalisme mouraient avant leurs enfants.

Puis c’est l’époque de la Grande Terreur Stalinienne, 700000 morts, 700000 faux procès, dénonciations, exécutions sommaires au sein même du peuple d’URSS. C’est d’ailleurs la grande différence entre les deux régimes. Si Hitler a massacré les populations étrangères, Staline, lui s’est évertué à épurer son propre peuple , dans le but unique de mener la révolution au succès… Timothy Snyder remarque : Le bilan des massacres de Staline était presque aussi imposant que celui de Hitler. A vrai dire, en temps de paix il était bien pire.)(Sur les 14 millions de personnes délibérément tuées sur les terres de sang entre 1933 et 1945, un tiers sont à mettre au compte des Soviétiques.

Puis vient la guerre et Hitler entre en scène. Heydrich crée les Einsatzgruppen, des unités de la mort qui doivent d’abord éliminer les intellectuels des pays envahis à l’est dans le but de tuer dans l’œuf toute possibilité de rébellion et de résistance. Mais très vite, ces Einsatzgruppen se mettent au service de l’idéologie nazie. Il faut éliminer les juifs. Le plus possible. Jusqu’à l’extermination totale. Les allemands entrent dans Kiev en Septembre 1941. Ils regroupent 30000 juifs, leur promettent un transfert vers d’autres terres et les exécutent d’une balle dans la tête, les faisant basculer dans une fosse commune au cœur même de la ville. 30000 morts en quelques jours. Puis vient le tour de la Pologne, martyre parmi les martyres. Les histoires relatives au ghetto de Varsovie sont insupportables , comme la plupart des anecdotes relatées. On est souvent dans l’horreur indescriptible, on tourne les pages pour ne pas insister sur les détails inhumains.

L’armée intérieure de Pologne, la résistance, sait qu’elle est condamnée à terme. Les Allemands massacrent le pays en premier car ils sont arrivés avant les Russes. Un soldat de l’armée, poète, écrit : « Nous attendons, peste rouge, que tu délivres de la mort noire. »

Un peu plus loin, Snyder précise : En 1945, les Soviétiques interrogèrent et exécutèrent les soldats de l’armée intérieure comme l’avaient fait les allemands en 1944.

 C’est l’histoire d’un massacre politique de masse, des usines de la mort de Treblinka à Auschwitz, des famines organisées, des exécutions sommaires. C’est l’Histoire d’une bande de terre coincée entre deux folies totalitaires. Timothy Snyder écrit l’histoire de ces souffrances et il insiste sur le côté individuel et humain de chacune des victimes : Chacune des victimes connut une mort différente, chacune d’elles avait eu une vie différente. C’est bien entendu ce qui rend la lecture de Terres de sang aussi pénible.

Lire ce livre est un mal nécessaire qui fait du bien à la mémoire. Un livre dur, parfois insoutenable qui met toujours au premier plan la notion d’Humanité que Staline et Hitler voulaient nier à leur victimes.

Dès le mois de mai 1945, on a mis un voile sur l’ensemble des horreurs. Pour pouvoir reconstruire. Mais pouvait-on reconstruire sans effectuer ce travail nécessaire de mémoire ?

L’empire de Staline recouvrit celui de Hitler. Le rideau de fer tomba entre l’est et l’ouest, et entre les survivants et les morts. Maintenant qu’il a été relevé, nous pouvons voir, pour peu que nous le souhaitons, l’histoire de l’Europe entre Hitler et Staline.

 

Terres de sang, Timothy Snyder, éditions Gallimard

 

 

 

2 comments

  1. J’ai lu de manière éparse sur ces pays et l’histoire. On ne peut pas comprendre ce qui se passe en Ukraine aujourd’hui si on ne remonte pas à cette période là (au moins). Quand l’histoire n’est pas regardée en face, elle revient en boomerang et il y a tant de problèmes actuels qui découlent de ce qui a été tu ou déformé à partir de 1945. Je ne crois pas que je replongerai là-dedans pour 650 pages ..

    1. Je comprends. C’est à la fois dur et très dense. J’avoue que que j’avais très envie que le livre se termine enfin. Et puis a force de lire le défilé des horreurs, je commençais à me sentir un peu voyeur…

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