Eastern Boys – Robin Campillo

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Paris, Gare du nord. Des bandes de gamins venus de l’Est sillonnent les couloirs encombrés. Toujours en mouvement, ils déambulent et jouent à cache cache avec les agents de sécurité. Insaisissables ils se dispersent et se regroupent en permanence. Le groupe, c’est leur force. Un homme, la cinquantaine élégante observe ce ballet incessant. Son regard s’attarde sur un des gamins. Il le suit dans les couloirs de la gare et finit par l’aborder. Dialogues simples, quelques mots :  Comment tu t’appelles ? quand ?  ?

. C’est LA question. Daniel donne son adresse au gamin qui dit s’appeler Marek et qui ne parle pas français. Mais c’est au groupe entier qu’il vient de donner rendez-vous sans le savoir.

Autant le dire tout de suite, il nous a bien fallu deux verres de pinard pour retomber sur nos pattes et nous détendre après le générique de fin. C’est bien simple, après les deux premières scènes extraordinaires, la gare d’abord et l’appartement ensuite, j’avais le sentiment d’être piégé dans un Haneke période Funny games qui n’aurait pas voulu mettre son nom au générique. La définition de la tension. Absolument hypnotique, lente et rythmée à la fois, la scène de l’appartement, chorégraphie dramatique envoutante, voit la proie et ses prédateurs entrer dans une sorte de transe étonnante. J’ai entendu certains critiques évoquer Orange Mécanique en référence à ce chapitre, c’est tout dire.

Robin Campillo excelle dans l’art du contre-pied. Rien n’est prévisible dans Eastern Boys. Les amours froides et tarifées cachent quelque chose de plus profond. La tension et le danger restent permanents alors que Marek se détache de son groupe et qu’une relation s’établit entre le gamin et l’adulte.

Mais s’intéresser à Marek en tant qu’individu, c’est le couper de son groupe, le sortir de la horde animale et lui redonner son identité propre. Et l’individu met le groupe en danger.

L’ultra charismatique chef de meute, Boss, personnage hypnotisant et véritable révélation du film, règne en maître sur son petit monde. Et comme dans un jeu vidéo, pour passer dans le monde suivant, il faudra affronter le boss dans un ultime chapitre intitulé « Donjons et dragons ».

On en a donc pris plein la tronche avec ce Eastern Boys parfois irrespirable, souvent lent et contemplatif, tout en finesse, riche en ellipses et porté par des acteurs souvent incroyables. Mention spéciale à Boss, Danil Vorobyev, peut-être le Malcom Mc Dowell de son époque, à Kirill Emelyanov, Marek et à Olivier Rabourdin, le Kevin Spacey français (si, si, carrément), Daniel dans le film personnage falot et peu attachant pas évident à interpréter…

Paris, Gare du Nord. Je connais bien le lieu. Très bien. J’aurai du mal à le regarder de la même façon maintenant. Je jetterai un coup d’œil inquiet sur le parvis avant d’aller vers les quais, histoire de m’assurer que Boss et sa bande ne sont pas revenus les hanter.

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