Dans la cour – Pierre Salvadori

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-Qu’est-ce que je suis triste, Antoine.

-Je t’envie.

Autopsie du fond de la cuve. Ou comment tomber sous le charme imparable de paumés, de fragiles, de gens pas sûrs d’eux.

Antoine est un rockeur en fin de parcours, rongé par la dépression et diverses addictions, qui cherche juste à ce qu’on lui foute la paix. Son regard de nounours barbu est las et vide. Pour continuer à survivre, il accepte un job de concierge dans un immeuble parisien vaguement bobo dans lequel il croise, entre autres, Mathilde, sexagénaire dépressive, obsédée par la faille qui est apparue sur le mur de son salon. Cet immeuble du nord de Paris, qui en rappelle d’autres bien réels, est peuplé de personnages, attachants ou déplaisants qui rythment le quotidien de leurs allers et venues.

Antoine, lunaire, maladroit et détaché et Mathilde, chaque jour un peu plus perdue dans ses obsessions, se reconnaissent et se rapprochent, se tiennent la main pour lutter contre ce monde qui les agresse.

Dites-moi que vous me comprenez.

Ils se tiennent la main comme s’ils devaient traverser la route, sans savoir s’ils arriveront à passer de l’autre côté.

J’ai été touché par ce film, par la fragilité que Salvadori parvient à transmettre à travers ses deux personnages principaux, Antoine Kervern et Mathilde Deneuve. Le réalisateur parvient à mettre la dépression en images, ce sentiment de perdition absolue, cette solitude et cette tristesse incommensurables. Silences, regards affilgés et profonds, lenteur relative, le film aurait tout pour déplaire s’il n’était pas parsemé de dialogues cultes, de moments ultras drôles et de scènes vraiment touchantes. Le même scénario, par un réalisateur différent pourrait être un désastre mais Salvadori transforme cette banale histoire de solitudes en un conte moderne magnifique, servi par des performances d’acteurs absolument exceptionnels. Je kiffe Deneuve dans ce rôle de grande dame au bord de la rupture dont le regard se perd avec majesté sur une faille gigantesque. Je surkiffe Gustave Kervern qui m’a pourtant déjà énervé une ou deux fois dans ses fables misérabilistes avec Benoit Delépine (pfff Louise-Michel…).

Il y a un petit côté Jarmush rock n’ roll du XXème chez Salvadori, dans cet amour de la marge et de l’errance, dans ces dialogues économes et précis.

Dans ma bouche, c’est beaucoup plus qu’un compliment.

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