Caprice de la Reine – Jean Echenoz

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Bon, évidemment c’est quand même un peu de ma faute. C’était la même chose quand j’achetais les disques à l’aveuglette, faisant confiance à une pochette ou à un nom sans connaitre un seul morceau. J’ai eu de sacré surprises. Pas toutes bonnes. Mais le temps n’a rien changé. J’ai remplacé les galettes par des bouquins et je continue. Ça s’est passé l’autre jour dans une jolie librairie du XIème. J’ai repéré un nouveau livre de Jean Echenoz qui triomphait au milieu de la table de présentation. Echenoz, au même titre que Modiano et quelques autres, bénéficie de mon amour aveugle, celui qui fait acheter sans savoir. Le fameux chèque en blanc. J’ai pris le bouquin, court, comme d’habitude et je suis allé à la caisse sans me poser de questions. Depuis la sortie de 14, que j’avais adoré, j’attendais avec impatience le nouveau Echenoz. J’aurais peut-être dû me rencarder avant.

Caprice de la reine n’est pas un roman. C’est une collection de récits déjà parus dans des revues ou autres recueils. Et quand l’éditeur dit que Echenoz a réuni sept récits, je crois pour ma part que c’est plutôt l’éditeur lui-même qui a compilé ces textes façon bonus tracks. Si c’était du rock , on aurait un EP fait avec des démos enregistrées sur un 4 pistes, des faces B, des « rarities » réservées aux fans inconditionnels, ceux qui sont capables de trouver la lumière tout au fond d’un trou noir.

Bref. Accordons tout de même au maître qu’il est un virtuose et lançons-nous dans l’aventure.

Hiver 1802, manoir dans la campagne anglaise, l’amiral Nelson vient dîner.

La première nouvelle, Nelson, est un bijou. Portrait de l’Amiral anglais, elle dépeint en quelques pages la solitude d’un héros usé, d’un homme blessé dans sa chair, que l’on sent détaché, perdu sur la terre ferme, lui le maître des mers. Superbe.

C’est ensuite que ça se gâte pour moi et que je perds le fil. Le second récit, Caprice de la reine  commence ainsi : A la droite de la main qui écrit ceci s’étend une terrasse en carreaux de pierre synthétique grenue dont la rambarde est constituée d’une succession de plaques en Plexiglas, au travers desquelles on distingue la partie basse du panorama et que chevauche une rampe en aluminium.

Hein ?? Je relis la phrase trois fois, j’ai l’impression de décrypter un mode d’emploi. La suite est du même acabit. Echenoz nous perd, il VEUT nous perdre dans une ultra description. Les mots, le phrases se suivent, harmonieuses, un enchainement poétique, une musique, Echenoz parle de ballet frénétique, moi je me perds dans cette littérature abstraite qui me prend à contre-pied.

Même impression sur le récit suivant, A Babylone ou l’on suit Hérodote dans une description quasi chirurgicale de la ville antique. Echenoz s’amuse avec les codes, transpose presque Babylone dans un présent improbable Plutarque estime qu’il faudrait plusieurs livres pour inventorier ses mensonges quand Alu-Gelle le traite froidement de mythomane. Mais Hérodote s’en fout. Le langage est décalé, Echenoz s’amuse avec le lecteur qui alors qu’il pensait s’endormir sur ces pages légèrement ennuyeuses relève soudain un œil grivois quand il est question à la fin, d’un marché aux femmes et aux épouses. Etonnant, un peu vain aussi.

Une autre nouvelle Génie civil, vaut le coup pour son dénouement réellement spectaculaire et puis vient la dernière, Trois sandwiches au Bourget dont le pitch tient dans le titre. Une errance ennuyée d’un senior en vadrouille sur la ligne B du RER.

Fin. Je sors de ce livre comme je sortirais d’un musée d’Art moderne. J’y ai vu de très beaux tableaux. Je m’y suis un peu fait chier aussi.

Je ne nie pas, loin de là son talent à l’auteur. Echenoz est un Maître et il s’amuse avec la langue. Je le préfère dans un registre plus classique, c’est tout.

Caprice de la Reine, Jean Echenoz, Les éditions de minuit

2 comments

  1. Suis une inconditionnelle d Echenoz moi aussi … Me suis presque fâchée avec des amis qui n’avaient pas aimé Ravel ! … Mais merci du conseil, on attendra donc le prochain

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