L’exception – Auður Ava Ólafsdóttir

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Juste au moment de bifurquer, le soleil arctique monte à la surface de l’île , orange sanguine roulant par-dessus le champ de lave. Trois chevaux hirsutes se tiennent immobiles près de la barrière quand je sors l’ouvrir. Je m’arrête là où les ornières prennent fin, là où la route s’achève. On distingue le chalet; au delà, la rivière glaciaire, grise de limons, bruisse. Tout se fond dans la blancheur.

Ça me prend régulièrement. Une furieuse envie de retourner en Islande. J’ai encore l’impression d’avoir laissé un petit morceau de moi là-bas, dans un fjord de l’est ou au pied d’un volcan. J’y retournerai un de ces quatre, c’est sûr. Mais en attendant, plutôt que de me taper une tête de mouton à la vinaigrette, je lis islandais. Ils n’ont beau être que 400000 (je refuse de compter les moutons), les islandais sont des artistes avant tout. Proportion très élevée d’excellents musiciens et écrivains. Le dernier Indridason m’attend d’ailleurs à la maison. Il m’en faut toujours un d’avance en cas de crise nostalgique aigüe.

Les éditions Zulma publient le nouveau roman de Auður Ava Ólafsdóttir (copier-coller obligatoire, je ne trouve pas la touche ð sur mon ordi) et je me dis que malgré son aspect lunaire indéniable, malgré la nuit, puis le jour permanent, l’Islande est un pays occidental, moderne et classique, dont les problématiques sociétales se rapprochent des nôtres. L’histoire que raconte l’écrivaine au nom qui compte triple est universelle, elle pourrait tout aussi bien se dérouler à Paris ou à New York. A quelques détails près sans doute.

 Tu es l’exception de ma vie, dit-il. Je me sentais bien avec toi mais je savais que ça ne pourrait pas durer éternellement.

31 décembre, minuit, Reykjavik. Un homme et sa femme, célèbrent la nouvelle année. L’homme un peu fébrile, une coupe de champagne à la main ,se retourne et lui annonce qu’il la quitte pour un homme. Elle, qui n’a rien vu ou rien voulu voir venir, se retrouve seule avec ses jumeaux de trois ans. Sonnée et incrédule, incapable d’imaginer sa vie sans son « mari », elle attend qu’il l’appelle et qu’il revienne. Les jours passent et Maria refait le film de leur vie commune avec Perla sa voisine excentrique et accessoirement naine. Le choc, l’incrédulité, la léthargie, la colère, Maria passe par tous les états alors que son père biologique , qu’elle n’a jamais connu, débarque à Reykjavik et demande à la voir.

C’est l’histoire d’un tremblement de terre, d’un séisme personnel, d’une petite mort, d’un passage à l’âge adulte et d’une naissance. C’est tout ça à la fois. Hmm, une histoire de rupture, de départ, d’enfants du divorce , j’avoue que j’ai eu un peur de me retrouver au milieu d’un bon gros mélo. Mais ce n’est pas le cas. Il y a chez l’auteur une sensibilité (très féminine), une précision et une simplicité dans la narration qui font de ce roman une vrai réussite.

Bon, bien sûr, il y a aussi le cliché de la femme aimante et abandonnée par un mari volage, qui n’a jamais cessé de coucher avec des hommes pendant tout leur mariage. Tu resteras la seule femme de ma vie. Un petit côté Anna Gavalda du nord aussi ( ça m’a rappellé Je l’aimais), qui pourrait en rebuter un ou deux. Alors sans pour autant vouloir lui coller une étiquette Femme actuelle ou Téva, l’exception est un livre tout de même très féminin dont la facture pourra repousser les plus viriles et poilus d’entre nous… Je vous aurai prévenus.

 

L’exception, Auður Ava Ólafsdóttir, éditions Zulma

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