My sweet Pepper Land – Hiner Saleem

My-sweet-pepper-Land-Affiche

Un Western au Kurdistan. Donc techniquement plutôt un Eastern qu’un western.

Mais qu’est-ce qu’on connait des Kurdes, nous ? A part que Saddam les a persécutés pendant longtemps ? Qu’il sont un peuple apatride coincé entre Iran, Syrie, Turquie et Irak ? Pas encore un pays uni, à peine une région autonome et pas encore reconnue par la FIFA, qui fait la pluie et le beau temps des nations qui comptent. Montre-moi ton équipe de foot, je te ferai un beau passeport.

La première séquence, comico-pathétique, met en scène une pendaison, la première d’une nation enfin libre après la chute de Saddam Hussein. Une cour d’école, quelques notables assis sur des chaises en plastique. Ils sont là pour former un tribunal populaire. Ils se réjouissent de pouvoir mettre en scène leur première condamnation à mort, symbole supposé d’une nouvelle grandeur nationale. Le panneau de basket servira de potence de fortune. Mais cette exécution est à l’image du pays. Un magnifique bordel improvisé. Les bourreaux ont oublié la corde, puis Ils la fixent mal à la potence et le prisonnier s’effondre lamentablement au sol, se débattant comme un gardon hors de l’eau. Le jury se demande ce qu’il faut faire, gracier le criminel ou poursuivre la pendaison ? On sourit, comme dans une comédie devant le grotesque de la situation. Et puis la corde finit par se tendre et on se demande si on a bien fait de sourire. Répliques cinglantes, gros plan sur faciès qu’on croirait tout droit sorti d’un western spaghetti. Etrange.

Baran, juré silencieux au regard dur et désapprobateur, une gueule extraordinaire, est un ancien héros de la résistance qui refuse son nouveau rôle de flic dans ce pays qu’il a contribué à libérer et qu’il ne reconnait pas. Il demande une affectation lointaine, dans un bled paumé à la frontière Irako-turco-iranienne. Un village un peu coupé du monde, un Far-West moderne tenu par un seigneur local et sa bande de sales gueules, trafiquants en tous genres. Baran va y devenir le shérif et faire respecter la loi. Il y croise Govend, la sublime Golshifteh Farahani (Mme Louis Garrel) , institutrice rebelle qui refuse la loi des hommes. Guess what : Ces deux-là vont se rapprocher pour lutter contre tous les méchants (qui pullulent dans la région).

Alors ? Bien ou pas bien ? Cela faisait un moment que je n’avais pas vu un Western avec un bon shérif bien pourvu d’attributs bien viriles. Ah, Baran n’a peur de personne, lui. Il peut se taper les méchants les uns après les autres, arriver toujours au bon moment pour protéger sa dulcinée, la magnifique Govend, qui, même si Golshifteh Farahani est iranienne, ne fait pas du tout couleur locale (les autres habitants sont un chouïa plus laids…). Un petit côté princesse Disney perdue dans les superbes montagnes kurdes, peut-être. Mais l’ensemble fonctionne malgré tout et le charme opère grâce aux acteurs, aux paysages somptueux, à la touche d’humour discrète toujours présente ici et là.

Et puis, Golshifteh Farahani qui joue, mélancolique, sous un ciel menaçant, de son instrument traditionnel, une ritournelle à la Yann Tiersen, quelle beauté ! Mais au fait cet instrument, qu’est-ce que c’est ? Déception. Moi qui me croyait en présence d’un objet médiéval, en prise avec une culture millénaire, je réalise que l’institutrice perdue dans une contrée oubliée au milieu de barbares sanguinaires joue en fait du Hang, un instrument créé en l’an 2000 par des hippies suisses…Elle aurait aussi bien pu se déplacer en Segway au milieu de la steppe, ça m’aurait fait le même effet.

Etonnant « My sweet Pepper Land », qui m’a fait voyager dans des endroits improbables en compagnie de martiens au regard malgré tout très attachant.

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