The Homesman – Tommy Lee Jones

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Je viens de faire une expérience. Pour la première fois, juste après avoir refermé un livre, je suis allé voir son adaptation au cinéma. J’avais plus ou moins refusé de le faire jusque-là. Hors de question, par exemple, de voir « The road » le movie après avoir lu le chef d’œuvre de Cormack Mc Carthy. Je n’irai pas non voir « le vieux qui ne voulait pas… ». Ni pour ni contre, bien au contraire mais au mieux, je connais le scénario et je ne serai pas surpris. Au pire, le réalisateur l’aura librement adapté et je ne pourrai me détacher de l’histoire originale, qui triomphera toujours par définition. Laissez tranquille mon imagination plutôt que de lui imposer des images. Elle préfère s’évader. Cette bête est indomptable, que voulez-vous.

Mais j’ai quand même voulu tenter l’expérience car bien sûr, en lisant le roman de Swarthout, je savais que Tommy Lee Jones venait de l’adapter, qu’il interprétait le rôle de Briggs, le « rapatrieur » et qu’Hilary Swank jouait celui de Cuddy. La moitié du boulot était fait.

Je m’apprêtais donc à dire adieu aux images que j’avais construites. Le visage fantasmé des femmes allait être remplacé par celui d’actrices hollywoodiennes au profil grimaçant leur folie maquillée à l’écran (je le craignais, j’avoue). Et les enfants morts d’Arabelle Sours allaient avoir un visage.

Ce qui est gênant dans l’exercice, c’est que la version du réalisateur, les scènes qu’il choisit de souligner ne sont pas celles qui vous semblent essentielles ou marquantes. La plupart du temps, les adaptations pêchent par omission. C’est le cas ici aussi bien entendu. On est à Hollywood, pas en Anatolie avec Nuri Bilge Ceylan, on ne va pas faire un chef d’œuvre contemplatif de trois heures… Il faut couper, raccourcir, tronquer, modeler, redistribuer, donner du rythme à l’image, quitte à simplifier à l’extrême et caricaturer.

C’est essentiellement la première partie, avant que le convoi ne se mette en route qui m’a parue expédiée. Une question de rythme. J’avais adoré dans le roman, ces cent pages, voire plus, qui posaient le décor, qui prenaient le temps d’expliquer la détresse de ces femmes. Le film expédie leur malheur et fait une impasse volontaire sur certains moments forts. La bataille nocturne de Mme Peschke, l’immigrée allemande, contre les loups dans sa propre maison a disparue, tout comme madame Peschke d’ailleurs, sacrifiée par T.L. Jones sur l’autel de l’efficacité.

Et puis T. L. Jones n’est pas le Briggs du roman. Jones, on lui donnerait le Bon Dieu sans confession même s’il n’en voulait pas. C’est clairement de la faute à ses yeux de cocker triste et ce côté grand-père bourru mais sympa qui ne colle pas du tout au pédigrée de salopard sale et endurci de Briggs…M’enfin. Pas grave comme ils disent.

Je pense que si j’avais découvert le scénario avec le film, je n’aurais pas prêté attention à ce qui peut apparaitre comme des détails mais j’avoue avoir eu du mal à m’en détacher. D’autant plus que je venais littéralement de refermer le bouquin. C’était évidemment prévisible.

Homesman le film n’est pas un mauvais western. Il est même plutôt correct mais il est sage, très sage. Très classique, très consensuel aussi, servi par une musique parfois un peu sirupeuse. Un autre réalisateur aurait pu tirer un chef d’œuvre minimaliste de ce scénario d’enfer. T.L. Jones a choisi l’eau tiède, ce qui rend l’œuvre sympathique mais pas extraordinaire. J’aurais pu me perdre dans ces vallées inhospitalières à suivre ce funeste chariot, scruter l’horizon et contempler les étendues de l’Ouest. En fait, et je le dis à postériori, j’aurais rêvé que Terence Mallick décide de l’adapter. Quitte à en perdre certains, baillant aux corneilles sur le bord de la piste, il aurait eu plus de chances de séduire le Jury cannois que ce Tommy Lee Jones en voie de Clint Eastwoodisation rapide.

Oui, c’est vrai Homesman est peut-être un film de vieux.

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