Extroduction !

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J’essaie de comprendre. Vous me direz, on s’en fout un peu, non ? Mais le Nombril est ainsi fait qu’il a besoin de maitriser les mécanismes compliqués qui ont façonné son identité musicale. Et merde, je parle de moi à la troisième personne. De mieux en mieux.

J’écoute de la musique à haute dose depuis vingt-cinq ans. Des dizaines de milliers de chansons sont passées par mes oreilles, une grande majorité a d’ailleurs disparu sans laisser de traces. Alors pourquoi certains airs sont restés et continuent de me fasciner ? Je cherche, je fais des fouilles. Un vrai travail de paléontologue. Ou de psy.

Je suis et j’ai toujours été un petit gars contemplatif. Je suis né et j’ai habité dans une ferme isolée, loin du bordel permanant dans lequel je vis aujourd’hui. J’ai été bercé par le rythme des saisons, le chant des oiseaux, l’odeurs des foins et les mois de novembre où le brouillard tellement épais en venait à coller aux semelles de mes bottes en caoutchouc.

Enfance contemplative à tendance mélancolique. Effectivement, je me souviens de balades prolongées dans les herbages, à l’automne, derrière la ferme. Les dernières chaleurs, le soleil bas, la rosée sur les pieds, les premiers champignons, les feuilles jaunies, le vent. Les dimanches après-midi vécus comme une fin du monde, un rappel à la réalité. L’angoisse sourde du lundi matin. Le cafard après Stade 2 avec Robert Chapatte et Bernard Père.

La campagne, c’est la lenteur. Un rythme naturel, celui de mon enfance, que je dois certainement chercher à retrouver dans la musique que j’écoute. Je reviens sur mes premières véritables émotions musicales (une fois expulsées les comptines enfantines, les C.Goya et les Mannick), et c’est Shine on on crazy Diamond de Pink Floyd qui s’impose. Il y a aussi Oxygène de Jean-Michel Jarre, des morceaux de Supertramp. Je suis un gamin, j’ai moins de dix ans et Je plane déjà sans le savoir, un peu en retrait, les mains dans les poches.

Extroduction, un sale néologisme inesthétique ou peut-être juste un anglicisme paresseux. C’est un journaliste de France Inter qui a employé ce mot il y a quelques mois en recevant Albin de la Simone dans son studio. Il voulait parler de la fin, de la conclusion donc, du titre moi, moi (un véritable hymne au nombril) que le chanteur interprétait avec Emiliana Torrini (apparition islandaise qui mériterait bien le label Bernadette Soubirou). Effectivement, et je ne l’avais pas remarqué avant, la chanson, après 2:15 entame sa conclusion instrumentale. Les chanteurs se sont tus et pendant 2:50, le thème principal est repris en douceur, presque en chuchotant. Violons, quelques touches de piano, une guitare discrète, accompagnent l’auditeur vers la sortie et le laissent à moitié endormi dans un état de béatitude étrange.

Evidemment, je n’avais jamais envisagé les choses sous cet angle-là. La conclusion comme une fin en soi. Un tour de magie imparable qui me fascinerait à chaque fois. Je me suis donc mis à fouiller, fouiner dans ma discothèque pour y retrouver mes morceaux préférés et voir si le phénomène était récurrent. Guess what : Bingo.

Je suis un fan d’extroductions. Est-ce que c’est grave ? Est-ce que ça fait encore appel à l’enfance ? Berceuses mal digérées aux vertus soporifiques ? Je continue l’exploration. Indie, pop, chanson française, hardcore, Jazz, tout y passe.

Inventaire non exhaustif des plus beaux couchers de soleil musicaux :

Evidemment, le Down tempo, le deux de tension electro, se prête bien à l’extroduction. Longues plages atmosphériques répétées, boucles aériennes, décollages en douceur et atterrissages sur du coton. L’extroduction serait presque la marque de fabrique d’un morceau de Trip Hop héroïque. Quand la fin de la chanson approche, le pilote lève le manche et vise le ciel pour une mise en orbite. Les boucles se répètent, l’auditeur dans un état second, prend ses aises et tout est confortable. La musique se retire sur la pointe des pieds. Chut, tout le monde dort déjà.

Massive attack – Protection.  A partir de 4:28 pour plus de deux minutes. Imbattable.

Bonobo – Stay the same et la dernière minute épique avec le cousin jazzman de Christian Morin dans le rôle du marchand de sable clarinettiste.

DJ Cam – Swim. Pour un petit rab de fin, une petite mignardise d’1:20 et guise de café lounge gourmand. Avec petits violons et tout et tout.

Il n’est pas conseillé de prendre le volant juste après la fin de la chanson. Forts risques de somnolence.

La suite de ma psychanalyse après l’apéro.

3 commentaires

      1. C’est peut-être ça qui participe aussi à ce que ce soit si tranquille à écouter : c’est original d’écouter un format moins commercial finalement. Merci pour les extraits ! Moi qui apprécie plus les parties instrumentales que les voix, en général, je profite de ces longues « extroductions » !

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