Peine perdue – Olivier Adam

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L’emmener prendre l’air pour elle ça voulait dire aller au parc. Putain le parc. Avec toutes ces bonnes femmes et leurs landaus et puis ces types qui encouragent leurs gosses près des toboggans comme s’ils s’apprêtaient à effectuer un triple salto arrière.

Que dire… Depuis Passer l’hiver en 2004, collection de nouvelles sublimes plus désespérées et plus justes les unes que les autres, je m’étais attaché à Olivier Adam, à sa prose moderne, ses phrases courtes, sa culture – un peu la mienne, genre bobo alternatif vaguement rockeur – Je me reconnaissais dans le ton Adam, cette façon de planter un décor, souvent un ciel bas, de camper des personnages au bord de la rupture, des hommes et des femmes sensibles au bord de la crise, de nerf ou d’autre chose.

Il y a deux ans, les Lisières avait fait figure de favori pour le Goncourt. Non sans polémique, le roman s’était fait défoncer par la critique, il n’avait finalement rien obtenu, si ce n’est un énorme succès de librairie (pas si mal, pas si fréquent). Les lisières, moi je l’avais dévoré à défaut de l’adorer. Je sentais poindre l’agacement derrière cette peinture grise, si grise de la banlieue et des zombies qui la peuplent. Il y avait un côté geignard dans les Lisières, un penchant à la mélancolie permanente, une volonté de décrire des cieux toujours nuageux, qui frisait la posture délibérément affligée, qui avait fini par me gaver, façon indigestion.

Trêve d’Adam de deux ans, plus de nouvelles et puis le retour en tête de gondole pour la rentrée littéraire. Flammarion a fait les choses en grand, impossible de rater Peine Perdue, il est partout. Si vous ne le trouvez pas, il est près de la caisse à côté de celui d’Amélie Nothomb.

J’ai feuilleté les magazines littéraires qui ont accompagné la rentrée. Et olivier Adam s’y est fait défoncer, massacrer, étriller. Pas lu une bonne critique. Ce qui ne m’a pas empêché de débuter ma campagne avec lui. On est fidèle ou on ne l’est pas.

J’aurais mieux fait de m’abstenir.

Une chanteuse de karaoké. Voilà ce qu’ils avaient dit.

Peine perdue c’est l’histoire d’une station balnéaire de la Côte d’Azur à travers le portrait de ses habitants. C’est l’hiver, les touristes sont partis, la tempête s’est levée et la ville ne vit que pour son équipe de foot amateur qui s’apprête à jouer un quart de finale de Coupe de France contre Nantes. Le meilleur joueur, Antoine, se fait massacrer à coup de battes de baseball à quelques jours du match et est laissé pour mort devant l’hôpital.

A partir de là, 22 portraits (22, oui, oui comme pour un match) se succèdent et remontent la trame de l’histoire. 22 personnages, un concours de misère. Tous paumés, pauvres, violents pour certains, abandonnés, psychorigides, suicidaires en phase terminale, divorcés, cocus, infidèles, humiliés, inconséquents, déprimés, déprimants. TOUS MALHEUREUX.

Il y a chez Olivier Adam, c’est certain désormais, une esthétique de la poisse absolue, de la laideur ordinaire, une posture volontairement misérabiliste qui devient insupportable au bout d’un temps. Rien ne va et le pire est toujours au bout de la page et du chapitre. Flammarion nous vendait en couverture « Un livre d’une densité romanesque inédite, aux allures de roman noir ». Moi je n’ai vu qu’une succession de poncifs dont certains m’ont vraiment gonflé. Quand il fait le portrait de Perez, le salopard du coin, businessman véreux, Adam ne peut s’empêcher d’enchainer les clichés, quitte à les mettre en perspective : Le golf ça fait partie de la panoplie. Comme la Porsche. La Rolex. Et les cigares. Les gens aiment les clichés. Les dénoncent mais au fond n’aiment que ça. Bah oui c’est ça, des clichés (celui-là me touche particulièrement), énoncés sur 414 pages quand même. C’est long pour une intrigue plutôt fine et un sens du roman noir plutôt léger… J’avais trouvé qui avait fait le coup au bout de 141 pages (et je ne suis vraiment pas Sherlock).

BREF ! Voilà un roman que j’aurais vraiment préféré ne pas lire, moi qui adorait son auteur jusque-là. Des 600 bouquins de la rentrée littéraire il a fallu que je choisisse celui-ci pour commencer. La conclusion, je la laisse à Olivier Adam et son équipe d’amateurs La montée en Nationale c’est foutu. (Même pas foutu d’écrire National correctement).

Peine perdue, Olivier Adam, éditions Flammarion

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