Joblard t’es le meilleur ! – Jean-Marc Royon

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Le quartier de Mogador, coincé entre les Galeries Lafayette et l’église de la Trinité, est celui des assureurs le jour et celui des putes la nuit. Un quartier dans lequel on croise donc peu d’humains mais beaucoup de clients.

Aucune volonté. Je devrais être au taquet, avaler la pile des nouveautés estampillées « Rentrée littéraire » qui prennent la poussière en équilibre sur ma table de nuit, bouffer de la belle phrase et du style, enchainer les pavés les uns après les autres et au lieu de cela, me voilà, un litre de rosé littéraire à la main, à faire le malin en plein mois de Septembre, les pieds en éventails alors qu’il ne reste que deux mois avant l’attribution des Goncourt, Médicis, Renaudot. Pas sérieux.

Joblard t’es le meilleur n’aura pas le Goncourt, c’est sûr. Mais cette pure poésie éthylique mérite tout de même qu’on s’y attarde et qu’on la remarque. Jean-Marc Royon nous embarque dans les aventures improbables d’Etienne Joblard, pochetron magnifique, indécrottable pilier des bars de Belleville, loser dépressif perdu dans ses propres vapeurs d’alcool. La gouaille à trois grammes, la prose des titis parisiens, on se croirait chez Audiard père, chez Frédéric Dard, on revoit Tom Waits titubant au début de Down by law, on imagine les ballons de rouge et les petits jaunes qui s’enchainent au comptoir, on savoure les conversations éthylico-philosophiques.

Joblard, ancien technicien au théatre Mogador, s’est perdu dans la bouteille. Il se déteste, aimerait bien se foutre en l’air et se jeter dans le canal.  Mais il boirait bien un dernier petit coup avant. Le hasard, dans le cas d’Etienne Joblard, faisant toujours mal les choses, notre «héros» découvre avec stupeur, en feuilletant d’un œil trouble la presse people qui traine sur le zinc, une photo de son ex-petite amie, photographiée dans une soirée mondaine par ce salopard de Cochet, le photographe dont il s’est toujours douté qu’il était son amant (l’amant de son ex, vous me suivez).

Depuis des mois et des mois mes réveils sont d’une vacuité à rendre jaloux un adepte du bouddhisme, et là, tout à coup, mon horizon est clair, mon avenir tracé et ma mission totale, vengeance.

Du coup, retour de flamme, on se suicidera plus tard, Joblard se met en tête de retrouver celle qu’il appelle la « Chôse » et se met à courir après elle et son photographe, façon détective. Evidemment, rien ne se passe comme prévu et les tribulations avinées de Joblard, l’entrainent dans des aventures aussi pathétiques que dangereuses…

C’est sûr, Jean-Marc Royon ne se prend pas aussi sérieux. Les errances alcoolisées de son personnage sont aussi vaines et embrumées qu’un lendemain de cuite douloureux. Mais il y a une vraie poésie dans ce roman, une douce mélancolie et beaucoup de finesse dans le portrait de ce loser magnifique, amoureux à en crever de sa belle « Chôse », qui le raccroche à celui qu’il était avant, le bon Joblard d’antan.

Alors même si le scénario de cette fantaisie alcoolique est à la fois un peu léger et accessoire, il est le prétexte à de belles envolées poétiques. Et oui, je me suis attaché à ce poivrot désabusé, spirituel et médiocre. Vive Joblard !

Même avec toute la volonté du monde, il y a des choses que l’on ne peut faire pour personne d’autre que soi. Et quoiqu’on en dise, l’ivresse sera toujours plus forte que l’amour.

Je vous laisse, je sens que je vais avoir l’alcool triste.

 

Joblard t’es le meilleur, Jean-Marc Royon, éditions Aaarg!

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