Le Royaume – Emmanuel Carrère

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Il serait certes très beau qu’il existe un père tout-puissant et une providence qui prenne soin de chacun de nous, mais il est tout de même curieux que cette construction corresponde si exactement à ce que nous pouvons désirer quand nous sommes enfants.

Comment passer à côté du Royaume, ce pavé de 3 kilos et 630 pages qui fait la une de tous les magazines, de Télérama au Magazine Littéraire, qui bouche l’entrée de toutes les libraires, les Relay H, certains dépôts de pain et autres stations service. Je n’ai rien contre Emmanuel Carrère, bien au contraire et quitte à tête de gondoler, je préfère mille fois le Royaume à la Trierweiller.

Carrère, c’est le moi absolu, l’incroyable capacité à expliquer le monde à travers le prisme de son nombril. Je comprends que le constant retour à sa vie intime et ses tourments puisse irriter, moi, je plonge toujours avec plaisir dans ses récits, romans, essais biographiques, appelons ça comme on veut.

Carrère a été catholique. Il a même été bigot, ça a duré trois ans, il était dépressif. C’est aujourd’hui terminé, Carrère se dit agnostique, revenu d’entre les croyants, guéri d’une certaine façon. Et puis, à la faveur de l’écriture du scénario des Revenants, il s’interroge sur sa foi, sur le mystère du Christianisme et de son postulat majeur, voire unique, la Résurrection.

Alors, puisqu’il est un garçon à la fois intellectuel, tourmenté et vaguement égocentrique, Carrère décide de partir à la recherche des origines de sa foi perdue. Il se plonge dans les Evangiles, il enquête sur la vie de Paul, de Luc et des compagnons de Jésus. C’est une quête personnelle bien sûr, celle d’un homme de son temps qui cherche non pas à savoir mais à comprendre les racines de notre civilisation chrétienne.

Le sujet est passionnant, notamment pour qui, comme moi a été élevé dans la certitude de la vérité évangélique. Quand j’étais petit, à la maison, la foi n’était pas une question. Elle était une obligation, une culture. Elle rythmait la vie familiale et personne avant moi dans le cercle ne l’a remise en cause.

J’ai donc lu ce Royaume avec un intérêt particulier lié à l’auteur, son sujet et mon histoire personnelle.

J’en suis sorti partagé. A plusieurs égards. J’ai beaucoup aimé le départ, la crise, où Carrère explique le cheminement qui l’a conduit à une certaine forme d’illumination extatique. En gros, quand l’auteur parle de lui directement, sans détour, je le suis et je me reconnais dans ce qu’il dit. Quand Carrère ensuite débute son enquête à travers les portraits de Paul et de Luc (son double absolu), je me perds parfois. Certaines pages sont lumineuses, d’autres un peu moins, certaines volontairement et gratuitement provocatrices. L’auteur désacralise jusqu’à l’outrance, considère ses personnages comme des hommes qui baisent, chient et se branlent (texto). Le propos et la forme peuvent choquer, Carrère s’en fout, il est libre puisqu’il n’est plus croyant, il n’est tenu à rien, il n’a plus à faire allégeance et tant pis si les bigots ravalent leur casquette en contemplant le sabotage de leurs d’icônes absolues:

Paul: Un peu cinglé . Impérieux de loin , dégonflé de près. Marie Madeleine: cette hystérique guérie par Jésus a été la première à parler de résurrection, la première à lancer la rumeur et en ce sens, celle qui a inventé le christianisme. Marie (La Sainte Vierge, la mère de Jésus !): Elle a vu le loup. Elle a peut-être même joui, espérons-le pour elle, et peut-être même qu’elle s’est branlée.

Carrère lit et relit l’histoire avec son regard moderne. Il se permet même d’établir (blasphème absolu) certains parallèles entre les premiers chrétiens et les premiers communistes, compare Paul à Trotsky et Staline à Jacques. Croyances, pouvoirs et enjeux géopolitiques.

Moi ce qui me gêne un peu, c’est la posture parfois un peu caricaturale, ce trait légèrement forcé qui appuie un peu trop le détachement. Comme s’il était obligé d’en rajouter toujours un peu pour se prouver à lui même qu’il ne doit rien à personne et surtout pas à Dieu. Et puis cette ambition démesurée, à peine dissimulée, cette fausse modestie, ou ce que j’interprète comme tel.

Ce livre que j’écris sur l’évangile en fait partie de mes grands biens. Je me sens riche de son ampleur, je me le représente comme mon chef d’œuvre, je rêve pour lui d’un succès planétaire.

Le 5ème Evangile ? Celui de la synthèse? Je n’irai pas jusqu’à dire que c’était son intention , ni qu’il y a quelque chose de pourri dans le Royaume de Carrère mais la phrase que je préfère et finalement la seule que je souhaiterais garder de ce livre est la dernière, car elle est simple et juste.

Je ne sais pas.

Le Royaume, Emmanuel Carrère, éditions P.O.L

 

5 commentaires

  1. sur mon blog demain matin !
    je ne l’ai pas fait exprès mais je termine par la même citation (je viens de te relire) un beau mot de la fin , évidemment !
    amitiés

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