Party Girl – Samuel Theis

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Un cabaret, la nuit. Musique forte et envoutante, regards masculins insistants, entre ivresse et concupiscence, danses érotiques et bouteilles de Champagne. Angélique, la soixantaine triste, boit au bar pour oublier que ses clients l’ont abandonnée. Elle était la reine de ce lieu, elle n’en est plus qu’une figure embarrassante et titubante qu’on raccompagne péniblement à sa chambre à l’heure de la fermeture.

Angélique va retrouver son client le plus fidèle, Michel, chez lui à Forbach. Elle veut le convaincre de revenir au cabaret, de lui permettre de continuer à vivre. Lui la demande en mariage. Elle accepte, change de vie et quitte le cabaret.

Forbach c’est la Wallonie avec l’accent allemand, c’est les hauts fourneaux, la mine, les petits quartiers un peu pourris, les petits boulots et la kro au goulot. C’est le territoire des Dardenne, c’est Bruno Dumont qui transposerait son Nord à l’Est. Forbach, c’est loin de Metz (la vrai ville) et c’est près de la frontière. Les gens y parlent français, allemand et lorrain. Les cabarets sont de l’autre côté de la route, en Allemagne. Angélique y a passé sa vie, elle y a été heureuse. Elle a fait quatre enfants qui ont regardé vivre de loin cette mère hors norme et sont tout heureux de la voir s’assagir, quitter la nuit et son monde et enfin accepter de vivre une vie rangée. Mais Angélique, Party Girl, ne veut pas se ranger, pas mourir.

Samuel Theis a donc filmé la vie de sa mère Angélique Litzenburger. Exercice unique de catharsis familiale générale où tous les acteurs ou presque incarnent leur propre rôle. Etonnante famille, fratrie qui déroule au naturel façon strip tease un scénario aussi épais qu’une feuille de cigarette. Le film est lent, esthétique, la pellicule s’attarde sur Angélique, personnage unique au charme et au charisme évidents. Mais ça ne suffit pas à mon sens. Les intentions sont louables, le film n’est pas glauque alors que son sujet pourrait l’être, le portrait d’Angélique est réussi, très juste, le thème de Party Girl est original et sa forme (Fils filme mère entraineuse) en fait un ovni dont on comprend aisément qu’il ait pu attirer l’attention à Cannes et ailleurs. Mais il n’y a pas assez de matière à mon sens pour faire de Party Girl un long métrage, pas assez de substance et de scénario.

Restent l’émotion, réelle, et la sincérité, indéniable. Le regard tendre d’un fils sur sa mère et la bande son de Chinawoman qui parvient presque à rendre Forbach sexy dans les lueurs du matin naissant. Non, il n’y a pas que le vilain Philippot à Forbach. Et rien que pour avoir rappelé ça, Samuel Theis mérite, peut-être pas encore tous les honneurs mais au moins des encouragements nourris.

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