Goat Mountain – David Vann

couv rivire

Ce roman consume les derniers éléments qui, à l’origine, m’ont poussé à écrire : Les récits sur ma famille et sa violence.

Autopsie de l’ennemi intime. David Vann, écorché littéraire en rémission familiale continue d’assaillir nos librairies à coups de poing dans l’estomac. Quatre romans en quatre ans. Quatre histoires de la violence domestique, celle, indicible, qui torture de l’intérieur. Les bourreaux qui devraient protéger, l’impossibilité du refuge, le piège ultime. David Vann poursuit son exploration du cauchemar familial à travers l’horreur suspendue d’une partie de chasse qui tourne mal. Le personnage principal, un gamin de onze ans, entouré de son père, de son grand-père et d’un autre homme, cercle masculin restreint, chargé de violence larvée. Caïn et Abel, Abraham et Isaac,  La carabine en prolongement du bras, la mort comme unique but, comme unique perspective. Le silence et la menace dans un environnement grandiose et écrasant.

Nous étions toujours occupés à tuer quelque chose, c’était comme si nous avions été mis ici-bas pour tuer.

Goat Mountain est un roman initiatique assez irrespirable, dans la pure veine de Sukkwan island. Ici les montagnes californiennes remplacent l’Alaska mais les enjeux sont similaires. Il est question de filiation, de l’héritage lourd voire impossible à gérer des gênes familiales, il est question des hommes et de leur incapacité à communiquer autrement que dans une forme absolue de violence. Il est question de la place de l’homme au sein d’une nature aussi grandiose qu’oppressante. Dieu aussi est convoqué, très présent, sous forme d’un questionnement impérieux.

Personne mieux que David Vann ne peut évoquer la solitude de l’homme en proie à ses démons. Les personnages qu’il décrit sont dangereux et familiers à la fois. On voudrait les fuir mais ils nous ressemblent et c’est nous et nos travers (pas tous heureusement) qu’on finit par retrouver dans le portrait de ces trois générations parties chasser le cerf dans la montagne et qui finissent par essayer de débusquer le diable dans des fourrés silencieux peuplés de crotales et de fantômes effrayants. Implacable.

Un choc, un coup de cœur absolu pour ce roman ambitieux et addictif dont on ne sort pas intact.

Pourquoi chassons nous ? N’est-ce pas pour retourner vers quelque chose de plus ancien ? Et Caïn n’est-il pas ce qui nous attend dans chacun de ces temps anciens ?

Goat Moutain, David Vann, éditions Gallmeister

2 comments

  1. ce livre terminant le « cycle » autobiographique, j’espère que les prochains seront aussi bons … que l’imaginaire restera sombre et violent. Mais, je ne l’imagine pas faire dans la guimauve ….

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s