Le roi disait que j’étais diable – Clara Dupont-Monod

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 Aliénor, je te vois renaitre, fleur vénéneuse qui s’ouvre sur un tas d’immondices.

Un des livres événement de la rentrée. Un truc que j’ai regardé un peu de travers, entre intérêt pour le sujet et curiosité pour l’auteure. Clara Dupont-Monod fait partie de la caste redoutée des écrivains-journalistes, ceux qui squattent l’antenne (Canal+, France Inter) et les rédactions (Transfuge). Ils sont nombreux dans ce cas – Christophe Ono-dit-Biot, Begbeider, François Bégaudeau, Nicolas Rey, Arnaud Viviant…la liste est trop longue – Ils se rendent leurs politesses sur les plateaux, au Cercle ou au Masque et la plume. Ils reçoivent des prix, trustent les bonnes pages des magazines littéraires, ils sont modernes, doués, ils sont dans le vent, certains sont beaux (j’ai dit certains…) Ils représentent, symbolisent la culture moderne. Ils sont peut-être les meilleurs mais ils traînent derrière eux comme une odeur de copinage ranci qui nuit, au final à leur réputation d’écrivains et d’écrivaines.

C’est con me direz-vous, quand un bouquin est bon, il est bon, un point c’est tout. Mais je ne peux pas m’empêcher de me demander pourquoi sur les 670 livres sortis en septembre, certains ont surnagé et se sont imposés en vitrine de tous les Relay H…Je suis d’une méchanceté et d’un cynisme à toute épreuve.

Un portrait d’Aliénor d’Aquitaine et de ses années de mariage avec Louis VII. Une conversation fictive entre deux époux fabuleusement désaccordés. Une reine, femme forte, guerrière, envoûtante, sans pitié et un roi falot, qui n’aurait jamais dû occuper la fonction suprême. Un souverain faible, peu respecté, aveuglé par sa foi, qui conduira la deuxième Croisade au désastre. L’histoire de France à travers la littérature. Le projet est intéressant et donne lieu à de très belles pages. Clara Dupont-Monod investit ses personnages et leur donne une dimension qu’un historien, trop attaché aux faits, ne pourrait atteindre. Le procédé est rusé et intelligent.

Et bien le pouvoir, c’est cela. Surplomber un incendie et s’en retourner. Cette sinistre découverte, je te la dois.

Malgré tout, j’avoue que je referme le livre un peu frustré avec le sentiment d’avoir passé un moment intéressant, plutôt agréable mais vaguement anecdotique. Une reconstitution très fine, bien écrite évidemment mais un peu accessoire, de la vie d’une reine au Moyen-âge.

Alors forcément, je revois les têtes de gondoles, les concerts de louanges dans la presse , je m’interroge sur les nominations aux Prix littéraire de l’automne. Il y a comme un décalage, comme un sale goût qui persiste. Rien de grave, ça va passer.

Le roi disait que j’étais diable, Clara Dupont-Monod, éditions Grasset.

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