L’aménagement du territoire – Aurélien Bellanger

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Un pays où le train est déployé à grande échelle est un pays géologiquement mort. La France est devenue un paysage lointain

Laval centre du monde. Pour un angevin, le coup est difficile à encaisser. Pour moi, natif du haut-segréen, pays aux chemins boueux souvent envahis par le brouillard, la Mayenne ressemble à l’image qu’on peut se faire de la campagne polonaise en plein hiver. Les chevaux en plus. Rien ne se passe jamais en Mayenne, pays peuplé de (peu de) ploucs, aux villes moyennes et grises dont les toits et même les murs, sont recouverts d’une ardoise d’un bleu si sombre qu’ils parviennent à plomber un ciel d’été ensoleillé. Si je suis très honnête, j’admettrai que mon haut-segréen a malgré tout beaucoup plus à voir avec l’ADN de la Mayenne qu’avec la Loire blanche et majestueuse dont j’aimerais me réclamer. Oui, je suis né le cul coincé entre l’Anjou et le Maine. Je pourrais parler pendant des heures du bon et du mauvais côté de mes frontières départementales mais Aurélien Bellanger, philosophe, écrivain, jeune, beau et lavallois, vient de le faire pour moi. Et de façon implacable, minutieuse, scientifique.

Le titre, L’aménagement du territoire, avait tout pour me repousser. Un rapport technique au verbiage bureaucrate sur la décentralisation en pleine rentrée littéraire ? On n’en est pas si loin par moments. Ce qu’Aurélien Bellanger nous propose, c’est un découpage, une dissection du cadavre de la France, une autopsie de cet ensemble à travers une étude de l’accélération de ses moyens de communications. Routes, autoroutes, trains bien sûr. On parle de désenclavement, de régionalisme exacerbé, de villes reliées par le TGV, de Paris à trois heures de Marseille, de tout ce qui fait qu’une région n’est plus isolée, ni de Paris, ni d’aucune autre région d’importance.

Putain mais c’est chiant à crever ça ! Si j’avais voulu m’abonner à Science et vie ou à ça m’intéresse , je l’aurais fait ! La France (trémolos dans la voix façon Général) , l’idée même d’un pays en tant qu’entité, m’intéresse, mais de là à me taper un pavé de près de 500 pages… Pas sûr. Surtout si l’auteur place Laval au centre de tout.

Étonnant roman qui envisage la construction d’une ligne de TGV comme le symbole de l’unité d’un pays. Une démonstration logique de l’évolution de la Gaule à travers l’histoire de quelques familles rivales à quelques kilomètres de Laval. La France du futur qui écrase celle du passé, le mouvement (impossible à stopper?)du progrès, toujours plus rapide, au service de la globalité.

Le projet était ambitieux, certains diront qu’il l’était trop. L’écriture scientifique, austère, de Bellanger demande une attention particulière. L’auteur s’intéresse aux détails, il est un adepte de la précision. Ses personnages sont disséqués à l’extrême, rien n’est laissé au hasard, il a besoin de planter le décor le plus précis qui soit, méthodiquement. Nous sommes page 250 et rien ne s’est encore passé. J’exagère à peine et je me demande alors quand même si j’aurai le courage de terminer l’aménagement du territoire. Et puis les choses, les personnages, bien en place, commencent à jouer leur partition. Il est question de société secrète (fous moi le camp Da Vinci code !), de complot, d’Apocalypse. Un semblant d’aventure, un passage secret, une grotte originelle, on ne refermera pas le roman avant de l’avoir terminé malgré l’infinie lourdeur de la dernière partie dont un dialogue improbable en forme de « Bon sang mais c’est bien sûr » entre deux des protagonistes principaux. Je n’aime pas la fin, celle où intervient l’histoire (petit h). On sent que l’auteur l’expédie un peu, beaucoup moins à l’aise dans le scénario de téléfilm que dans la démonstration technico-philosophique.

À la fin, je ne sais pas trop quoi penser de ce roman. Je l’ai traversé avec beaucoup d’intérêt comme je lirais un essai sur la France (d’Emmanuel Todd par exemple), j’ai beaucoup apprécié l’évocation et l’étude de ma presque région d’origine mais je n’ai pas aimé l’histoire qui sert de support à la démonstration parfois trop riche en détails, de l’auteur.

Par contre j’ai enfin compris a quoi servait le kit 80 sur ma 103 SP quand j’avais 14 ans.

Limitées à des cylindrées de 50 cc, les mobylettes , à leur sortie d’usine, atteignaient au mieux 60km/h. Des sociétés commercialisaient cependant des kits qui permettaient d’atteindre 100km/h en s’affranchissant des limitations techniques inhérentes aux moteur deux temps.

L’aménagement du territoire, Aurélien Bellanger, éditions Gallimard

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