Mommy – Xavier Dolan

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C’est toujours difficile d’arriver après la bataille. Encore plus difficile de s’attaquer à une œuvre déjà élevée au statut suprême de film culte alors qu’il est encore à l’affiche. Certaines critiques frisaient même l’hystérie ces derniers jours, ce qui n’a pas tardé à éveiller chez moi, intérêt et soupçons. Le dernier Dolan en date, Tom à la ferme, ne m’avait pas séduit mais je restais sur la formidable impression laissée par Laurence Anyways. Xavier Dolan, jeune prodzige québécois de 23 ans et autant de films (presque), personnage aussi charmant qu’irritant, ultra doué mais à la pellicule maniérée et souvent hystérique, avait fait le buzz à cannes qui lui promettait la palme. Point de palme au final mais un prix du jury, de l’émotion, des embrassades, et un film précédé, avant sa sortie en salles, d’une réputation en béton armé. Appelez le Vatican, la béatification c’est pour bientôt.

Mommy, c’est l’histoire de Steve, cet ado hyperactif, violent et ingérable et de sa mère courage, Die, veuve et fauchée. Une histoire simple, un drame à la Dardenne au pays du sirop d’érable ?

Il y a beaucoup à dire. Déjà Mommy est très drôle, parfois léger, ce qui super étonnant étant donné la lourdeur du sujet. Steve a mis le feu à son institution, sa millième grosse connerie, un gamin est brûlé au 3ème degré, Steve est renvoyé, sa mère le récupère dans son pavillon de banlieue, genre Wisteria lane version gentiment beauf. Crises en tout genre, vol, violence, Steve est ingérable jusqu’à l’apparition de la voisine, quarantenaire timide et bègue (sublime Suzanne Clément), sorte de casque bleu en rémission, qui parviendra presque à pacifier la zone.

On ne peut pas rester insensible à Mommy. On n’est pas non plus obligé de vider le paquet de Kleenex toutes les cinq minutes mais il y a quelque chose de fort et de tragique dans la relation entre ce gamin perdu et sa mère. Quelque chose qui tient essentiellement dans le regard des trois personnages. Pour moi, la direction d’acteurs est magistrale. Antoine Olivier Pilon, Anne Dorval et Suzanne Clément méritent tous les prix d’interprétation du monde. Certains plans sont magnifiques, il y a des  images qui quelques jours après la projection, reviennent en boucle et continuent de vous hanter.

Et pourtant…Je ne suis pas conquis. Mommy est une superbe fille trop maquillée. Dolan will be Dolan. Il est comme ça, il appuie trop le trait, il en rajoute quand il devrait poser sa caméra ou couper violemment au montage. Certaines scènes deviendraient absolument culte (la scène sur le parking de l’hôpital à la fin) s’il savait suggérer, couper, plutôt que de montrer et insister en permanence.

Ellipse !!! Quand un plan est magistral, il devient un tableau, il se suffit à lui-même, pas besoin de légende ! Et puis j’ai encore un peu de mal avec l’hystérie continue même si c’est le propos du film. Pour moi, Mommy n’est pas le chef d’œuvre annoncé. Il en a pourtant tous les ingrédients mais il manque à mon sens singulièrement de sobriété. Trop de clips, trop d’effets, de manières qui finissent par me sortir du film et me faire soupirer.

Comment on dzit rabat-joie en québécois ?

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