Le dernier gardien d’Ellis Island – Gaëlle Josse

9782882503497

L’Amérique que nous avions tant désirée se réduisait à un camp de fonctionnaires empressés et frileux , chargés de tenir à distance toute tentative d’approche d’une pensée divergente, tous les germes d’une possible déviance intellectuelle.

J’ai toujours envisagé Ellis Island comme un furoncle sur le nez de l’Amérique. Un truc pas clean, pas vraiment, en tous cas pas toujours assumé par les descendants de l’Oncle Sam. Le rêve américain, La promesse faite au monde entier commençait par un gros mensonge avec vue sur le bonheur.  Ellis Island, c’était le filtre de l’Amérique, le point d’arrivée de tous les bateaux venus d’Europe, un sas, un no man’s land, un terminus aussi pour beaucoup d’entre eux. Les sélections étaient drastiques. Sanitaires ou politiques, elles pouvaient déchirer des familles. Et ce qui se passait sur une petite île à trois kilomètres de Manhattan ne ternissait jamais le bel éclat intact de la grande Amérique.

Novembre 1954. C’est la fin. Ellis Island fermera ses portes dans quelques jours et John Mitchell, son dernier gardien s’apprête à quitter le lieu. Alors il se met à écrire, à raconter ce lieu un peu hanté, histoire de soulager sa mémoire et sa conscience avant de rejoindre le vrai monde. Étonnant.

Le dernier gardien d’Ellis Island est un récit triste, teinté de mélancolie, habité par toutes les ombres qui sont passées par ses couloirs. L’antichambre du bonheur promis était littéralement coincée entre Enfer et Paradis mais sa couleur était plutôt grise. John Mitchell, personnage de roman n’a jamais existé ailleurs que dans l’imagination de Gaëlle Josse mais on imagine facilement que ces vies ont été vécues. Le récit est très fort. Ce que j’aime par dessus tout, c’est la posture de ce gardien, exilé volontaire à deux pas d’une Amérique qu’il est censé protéger sans presque jamais en fouler le sol. Il y a quelque chose d’extrêmement contemplatif et de fascinant dans cette vie de sentinelle et de gardien du Purgatoire.

J’avoue malgré tout avoir été un peu gêné par la langue un peu soutenue de l’auteure. Pas fan des styles trop écrits (voire ampoulés…) et à mon goût trop éloignés des personnages qu’ils sont censés représenter. J’imaginais John Mitchell, le vieux gardien, même s’il montre un côté foncièrement humain et laisse transparaître une âme torturée et poétique, parler ou écrire avec un côté sobre, direct, presque dur. Pas comme une héroïne d’un roman du XIXème siècle…J’espère que d’autres injustices ne seront pas poursuivies à mon insu; j’y ai employé toute ma vigilance, je peux en témoigner sans crainte de parjure.

Je sais, je suis très critique. Surtout avec un roman que j’ai avalé en quelques heures et qui présente des qualités évidentes au-delà du style, que donc, je n’ai pas adoré. Oui je suis méchant, méchant. Et si j’avais moi aussi débarqué à Ellis Island, sur un bateau surchargé, ils m’auraient foutu dehors, c’est sûr. Trop méchant pour l’Amérique.

Depuis Ellis, j’ai regardé vivre l’Amérique. La ville, si près, si loin.

Le dernier gardien d’Ellis island, Gaëlle Josse, éditions Notabilia

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