Une plage au Pôle Nord – Arnaud Dudek

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D’aussi loin qu’on s’en souvienne, Jean-Claude Stillman a toujours eu des goûts de vieux. Tout vient peut-être du prénom choisi par ses parents.

Il parait, c’est BFM qui le dit alors c’est forcément vrai, non ? Il parait qu’on vient de battre notre propre record du monde de consommation d’anxiolytiques. L’esprit de Roger Giquel aurait pris le pas sur celui de Charlie. « La France a peur », alors je suis entré en résistance. A mon échelle, bien sûr, aucun acte de bravoure en vue, n’est pas Lassana qui veut…Mon acte de résistance à moi s’appelle Arnaud Dudek, écrivain d’utilité publique, capable en une soirée de me remettre sur les rails essentiels de la littérature jouissive, de me faire lire un livre d’une traite en désespérant de le voir se terminer si tôt, moi qui me morfondais il y a deux jours encore, incapable de terminer une nouvelle d’Alice Munroe, préférant végéter, bavant presque d’ennui sur mon canapé et sur France 2 , devant un Saint-Etienne – PSG vraiment pas stressant à défaut d’être passionnant. Le seul livre qui pouvait me remettre en selle, me redonner goût à la lecture après cette semaine de dingue et m’éviter le Prozac (en rupture, comme Charlie) était le dernier roman d’Arnaud Dudek, le talentueux auteur de Rester sage et des Fuyants.

Pas facile de résumer ce nouveau roman choral. Pas nécessaire non plus. Une plage au Pôle Nord, c’est une histoire d’amitiés, de solitudes, de destins qui se croisent. Pierre et Jean Claude sont amis, Jean Claude perd son appareil photo. Françoise, veuve et octogénaire le retrouve. Jean Claude la rencontre et quelque chose nait entre eux. C’est simple, rien de spectaculaire. Pas de cascades, pas de terroriste. Un petit braquage, c’est tout. C’est juste, c’est la vie. On parle du désir, de la vieillesse, de la mort aussi. Le ton léger et amusé de l’écrivain fait parfois place à des passages un peu plus graves, toujours justes, très beaux.

 Parfois on nous fait emprunter un vaste réseau de couloirs larges, des paysages de fantaisie remplis de silhouettes blanches éclairées au néon. On est installés dans une nouvelle chambre que l’on va devoir partager avec une personne en plus mauvais état que soi, si, ça existe, quelqu’un qui bave ou bien quelqu’un qui ne bouge plus.

Alors quand je prends en mains cette Plage au Pôle Nord, je ne la lâche plus. Je la lis de bout en bout. Je tourne les pages jusqu’à la fin. En quelques chapitres, très courts, Dudek a réussi à faire de ses personnages, des familiers. Des gens qui se dévoilent au fur et à mesure et dont le sort nous inquiète sincèrement. On se prend d’affection pour des petits vieux que la mort ne tardera pas à venir chercher, pour des gens très « next door », pas du tout glamour mais tellement sincères qu’on finit par se trouver un peu cons quand il leur arrive quelque chose.

Et puis il y a cette écriture, toute en économie, ces fins de paragraphes courts qui vous donnent envie de vous jeter sur la suite. Dudek s’amuse avec son lecteur. Il le renvoie à la ligne, il l’interrompt dans sa lecture :  Marquons une pause. Quand un personnage commence à prendre de l’importance, il est bon de s’attarder sur son passé. Sa narration pourrait être une voix off, j’ai pensé à Dussolier faisant le portrait de Nino dans Amélie (c’était hyper bien avant que tout le monde trouve ça à chier…), j’ai pensé à un Air de famille de Klapish (je ne saurais même pas dire pourquoi), j’ai pensé aux films que j’adorais quand j’étais gamin, ceux d’Yves Robert par exemple. J’ai refusé de penser à Amour de Haneke, même si…Bref je me suis baladé autant que le titre pouvait me le laisser espérer.

C’est très rare de redouter la fin d’un livre, de laisser s’égrener les dernières pages à regret, de quitter des personnages auxquels on venait à peine de s’attacher.

Alors si jamais vous êtes inquiets ou déprimés, si l’envie de regarder à nouveau BFM TV en croquant, l’air absent, des antidépresseurs vous reprend,  je vous recommande chaudement la lecture d’Une plage au Pôle Nord qui sera, c’est certain, très bientôt remboursé par la sécu.

 Une plage au Pôle Nord, Arnaud Dudek, éditions Alma

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