Les poupées sauvages – Claire Deville

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« Il est minuit, la journée commence. La course à l’échappatoire »

Lire un livre dont le thème principal est le tango. Aussi improbable pour moi que l’étude d’un manuel de chimie ou de bricolage. La danse, pas mon univers. Pire, la danse, potentiellement un pourvoyeur de stress à haute dose. Danse avec les stars, pas pour moi. Le Lac des Cygnes non plus, la danse contemporaine encore moins. Alors pour qu’un livre sur le tango parvienne à me séduire, il faut évidemment qu’il me parle d’autre chose, qu’il se serve de la danse pour m’emmener ailleurs. Mais on est loin du thé dansant ici. Il est question de magie, de plaisir intense, de souffrance. Claire Deville nous parle d’une addiction, d’une drogue, pas du tout d’un hobby sympathique pour petits vieux en bas à varices. Le tango, c’est beaucoup plus que sérieux, c’est vital. Et Nora, l’héroïne de ce roman, le découvre à ses dépens, comme accro à une drogue dure. Au bras d’Antonio tout d’abord, puis seule, au cœur de la nuit de Buenos Aires. Danser, jusqu’à l’épuisement, jusqu’à  la mort. Choisir ses partenaires, sentir les corps, attendre. Etrange ballet triste, souvent frustrant et habité du souvenir de la rencontre sublime de deux corps parfaitement accordés, qui dansent, en route vers l’extase. Un orgasme sinon rien.

 « Poissons vite pourris dédaignés des filles et ignorés des hommes lassés des nouveaux jouets, la plupart des danseuses arrêtent, écœurées. »

Claire Deville, dont les poupées sauvages sont le premier roman, parvient, grâce à une écriture serrée, crue à nous faire partager la fièvre de la nuit argentine. Les danseurs errent d’une salle à l’autre incapables de s’arrêter, redoutent l’annonce du dernier Tango, ne recherchent rien d’autre que l’instant parfait, quitte à le confondre avec l’amour ou même la vie. Le scénario est simple, presque accessoire. On ne s’éternise pas, on évoque sans décrire trop, on ne se disperse pas. Comme Nora, on ne sort pas du sujet.

J’ai beaucoup aimé ce petit livre court comme un sprint en apnée. Le tango comme un échappatoire, beau sujet, vraiment.

Mais ne nous emballons pas non plus, Je ne sens pas encore prêt à fouler des parquets trop cirés avec des souliers à talonnette ,pas prêt à enfiler un petit boléro cintré sous une chemise blanche à jabot, pas prêt à me laisser pousser des cheveux gominés puis à les attacher façon catogan tel un Rodrigo de banlieue. Non, faut pas déconner non plus, je ne dansais pas dans les boums quand j’avais 14 ans, ce n’est pas maintenant que je vais faire mon Travolta.

Les poupées sauvages, Claire Deville, éditions Délirium

2 comments

  1. Ravis de l’humanité de ce commentaire d’un(e) non danseur(se) ….
    Le tango lui irait si bien…….
    Il a tout son temps pour le rejoindre …

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