Thurston Moore au Lieu Unique

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Evidemment on ne savait pas trop à quoi s’attendre. Ceci dit, je pratique les Sonic Youth depuis suffisamment longtemps pour imaginer que ces individus ne sont jamais là où on voudrait bien les attendre. Par principe. Ou par posture, c’est selon.

Je peux, sans y réfléchir trop longtemps, affirmer que Sonic Youth est mon groupe préféré. C’est un peu con à 43 ans d’avoir un groupe préféré – ce besoin permanent qu’ont les jeunes de toujours vouloir tout classer pour mieux s’affirmer et revendiquer l’appartenance à une caste -Bref. Je connais tellement bien Sonic Youth que je m’en méfie comme de mon ennemi intime. Ces gens ont une capacité hallucinante et quasi systématique à ne jamais se présenter à aucun Rendez-vous .

Lee Ranaldo fait la tournée des popotes, guitare sèche en mains, façon folkeux apaisé, Kim Gordon termine son adolescence carte vermeil à grands coups de boutoirs bruitistes au sein de son groupe expérimento-vociférant, Body/Soul. Quant à Thurston Moore, revenu à l’automne avec un bijou studio The best day, digne du meilleur du Sonic past, il porte en lui la mémoire et les espoirs des fans fidèles, irrésolus à l’oubli, toujours en quête d’un riff dévastateur, de quelques secondes d’extase au milieu du larsen…cohorte de zombies quarantenaires fumants, prêts à se déplacer au moindre signe de vie envoyé par cet extraterrestre venu d’ailleurs. Je me calme.

Thurston Moore au Lieu Unique à Nantes, des promesses, des promesses. Où est-ce que j’ai rangé mon Tee-shirt de Goo ? Ah non, je ne rentre plus dedans depuis vingt ans…Trois anciens combattants au front, mais la salle n’est pas non plus remplie de pré-pubères. Thurston Moore, même s’il a gardé son éternelle de gueule de lycéen, flirte lui aussi avec la carte vermeil. Deux premières parties passées au bar très accueillant du Lieu Unique. La faute au Muscadet, la faute aux potes qu’on retrouve comme si rien n’avait changé, la faute aux vies à se raconter, la faute au Muscadet, encore…Il est 23 :15 et tonton Thurston n’est toujours pas sur scène.

Le concert commence enfin. Surpris par l’écho de quelques larsens au loin, nous nous rapprochons de la salle. Thurston Moore, chemise blanche, seul, triture sa guitare au milieu d’une scène immense. Seul. Pas de groupe. Regard à droite et à gauche, pas de batterie. Merde, c’est un set acoustique… Désormais, on peut vraiment s’attendre à tout. Et quelque chose me dit que Thurston Moore ne s’attardera pas forcément sur le côté pop folk de la cause.

Oh putain, qu’est-ce qu’il fout ? Il prend un bouquin et commence à lire un texte au public. De la poésie. De la poésie déclamée en anglais qui se mélange mal avec les relents de Muscadet. Je sens le danger. Thurston Moore pose son bouquin et entame un Forevermore impressionnant. Ce gars a de l’or dans les doigts. Il remplit tout l’espace. On a l’impression que dix guitares s’entremêlent et se répondent. Quelques instants très forts, un peu d’espoir. Le morceau s’achève, clap clap dans la salle puis plus un bruit à nouveau. Il reprend son bouquin, nouveau poème en ricain dans un silence de cathédrale. La salle partagée entre indifférence polie et désorientation totale. Le silence. Tout le contraire d’un concert de rock. Thurston reprend sa guitare. Les premières notes d’Into the wild. Là aussi, magnifique même si la basse et la batterie me manquent terriblement. Un peu comme si on m’apportait un plateau d’huitres mais sans pain, ni beurre, ni citron, ni Muscadet…J’ai encore un peu soif.

Into the wild se termine, clap clap again, silence again, poésie again. Les premiers spectateurs commencent à quitter la salle…Morceau expérimental tout en dissonances et Larsen, les bancs se vident. Nouvelle poésie, nouveau larsen, corde cassée, remplacée dans un nouveau silence de cathédrale et les bancs qui se vident au fur et à mesure. Il y a un petit côté sabotage dans la performance. Car oui, il s’agit plus d’une performance que d’un concert à proprement parler…Moore casse systématiquement  tout ce qui pourrait ressembler à un rythme entre les morceaux. Ses poèmes imposent un silence forcé qui interdit tout début d’euphorie rock n’roll. Etrange impression de chaos presque familier. Je ne suis même pas surpris. Nous quittons la salle avant la fin du concert, un peu désabusés.

Un peu plus tard, au milieu de la nuit, trois cons silencieux et fatigués  sur un canapé. Un dernier verre pour la route, Stéphane a mis l’album, vraiment bien. On se regarde, ça aurait pu être génial. Quel gâchis.

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