Debout-payé – Gauz

CV-Gauz-Cheeri

Fin de la ronde. La cabane de préfabriqué n’était plus loin. La cabane du vigile. La cabane de l’ennui.

Debout-payé, grosse fessée. Ça faisait un moment qu’il patientait à côté de mon lit sur la  pile des bouquins à lire. Je l’avais acheté en janvier, après avoir écouté l’interview de Gauz chez Augustin Trapenard. Intrigante cette histoire d’ancien vigile passé à l’écriture. Il y avait sans doute une pépite qui se cachait derrière le concert de bravos généralisés. Meilleur premier roman de l’année pour LIRE, la critique tellement flatteuse qu’elle en devient douteuse, je n’arrêtais pas de remettre à plus tard ma rencontre avec Debout-payé. J’ai fini par la faire (la rencontre), à 10000 pieds, quelques turbulences en vol, copilote en état de marche, voisine en état de choc, tremblements, pleurs, intervention de l’hôtesse, du pilote ? Non, putain ! lui, il reste dans son putain de cockpit ! Bref, le rendez-vous avec Gauz et son magnifique Debout-payé, fut un match de catch tout-terrain, une sorte d’ironman de littérature-cross qui ne pouvait se gagner que chef d’œuvre en mains.

Debout-payé a réussi à me faire rire en plein ciel, au milieu des turbulences et au-dessus des Alpes, sous les yeux ahuris de ma voisine hystérique, dont j’ai bien cru qu’elle allait finir par me griffer tellement elle avait l’air exaspérée qu’on puisse se détendre dans un cercueil volant.

 Révolution culturelle LV. Ceintures, porte-monnaie, foulards, sac à main, sacs de voyage, etc. Les chinois ont toujours au moins un accessoire Louis Vuitton. La révolution culturelle de Mao a trouvé son achèvement place Vendôme.

Debout-payé est un roman, l’histoire d’Ossiri, jeune étudiant ivoirien débarqué à Paris dont le visa expire très vite et qui devient un sans-papiers comme un autre. Force de la communauté, Ossiri devient vigile, un travail à la marge, un poste d’observation privilégié pour citoyen du monde au rabais. Man in Black posté à l’entrée de Camaïeu ou du magasin Sephora des Champs-Elysées, Ossiri scrute et juge le monde qui l’entoure par le prisme de la consommation compulsive. Jouissif. Considérations en tous genres, poétiques, noires, ethniques, vaguement anticonsuméristes. Critique de l’Afrique postcoloniale, des colons, portrait de la semi-misère ordinaire des sans-papiers invisibles dont beaucoup sont les gardiens des biens dont on voudrait éviter qu’ils s’approchent.

Pause chez Zara Champs-Elysées. Dans ce magasin, on trouve les habits des hommes au sous-sol, ceux des femmes au rez-de-chaussée, et le premier étage est réservé aux vêtements d’enfants. La femme est au-dessus de l’homme et l’enfant est au-dessus de tout le monde.

Des dizaines de petits billets en forme de bijou. Ossiri /Gauz se tient debout à la lisière. Classé à un rang à peine plus élevé que celui du chien de garde, Il touche des yeux la stupidité et les excès de notre civilisation. Il s’en amuse, un peu fataliste, n’envie en rien cette foule qui déambule dans les rayons à la recherche d’un substitut de bonheur.

Ça faisait un moment que je n’avais pas lu un bouquin aussi bien écrit. La langue de Gauz est simple, riche, précise, concise, poétique, hyper drôle. Gauz peint un tableau bien cynique, bien grinçant, qui décape là où ça gratte.

J’aurai du mal à ne pas penser à lui quand je passerai devant le magasin Sephora des Champs-Elysées, ou quand je verrai de grandes affiches Soldes à -70% recouvrir les murs des magasins Camaïeu.

 D’un centre commercial à l’autre. Quitter Dubaï, la ville-centre-commercial, et venir en vacances à Paris pour faire des emplettes aux Champs-Elysées, l’avenue-centre-commercial. Le pétrole fait voyager loin mais rétrécit l’horizon.

 Debout-payé, Gauz, éditions Le Nouvel Attila

 

 

4 commentaires

  1. …aussi bien écrit , je ne serais pas allée jusque là , mais bien foutu et fichtrement original ! Je l’ai lu pour le prix Fnac en juin dernier , je ne l’ai alors pas  » pépité » , mais pas oublié depuis. Entre l’essai côté socio , le témoignage et l’écrit littéraire, une sorte l’Olni.

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