Je m’étais rendu compte que je souhaitais moins construire un roman que donner une transcription à un rêve dont la réapparition m’intriguait.
En territoire Auriaba, drôle de roman perdu entre rêves racontés, légendes nées au milieu du sommeil, qui se confondent avec une réalité volontairement floue. Quelque part dans une forêt qu’on imagine landaise, peuplée de surfeurs taiseux vaguement marginaux, deux hommes à la recherche d’un autre homme (on l’imagine). On ne sait pas trop, il est question d’un orphelin aux rêves habités par des loups, il est question de filiation, de l’origine d’une famille qui prendrait ses racines quelque part entre le Maroc, Honfleur et Charleville. Il est question d’un Archipel éphémère, d’Alphonse Allais, de Rimbaud, d’un loup dont on ne sait pas s’il est une apparition, un présage, un rêve matérialisé ou une réalité dangereuse. Jerôme Lafargue parle de confusion, il maintient son lecteur dans un brouillard esthétique, il le guide, puis le perd, le laisse se démerder puis le raccroche à une trame narrative plus classique.
J’ai toujours pensé que ce monde ci est trop petit, ou plutôt que ce que l’on nous donne pour réalité ne constitue qu’une infime partie de l’infinité du monde.
J’avoue avoir eu du mal à le suivre dans ce dédale onirique. Certaines pages m’ont paru très fortes, très inspirées, d’autres, notamment celles qui relatent les rêves du narrateur, m’ont poussé plusieurs fois à la sortie de piste. Je me suis accroché, j’ai relu certains passages pour être certain de me reconnecter mais Lafargue a fini par me perdre au milieu de cette forêt imaginaire, de ce rêve dont j’étais finalement soulagé de sortir quand j’ai refermé le livre.
En territoire Auriaba, Jerôme Lafargue, Quidam éditeur.
