Carrie & Lowell – Sufjan Stevens

carrie

J’ai commencé par écouter Carrie & Lowell un peu par erreur, sans y prêter beaucoup d’attention, comme on allume parfois la radio pour remplir le vide dans une pièce trop grande, pour s’entourer d’une présence rassurante. Le nouvel album de Sufjan Stevens venait de sortir, j’allais y prêter une oreille distraite et puis, si, comme souvent avec l’américain, une ou deux perles folk se dégageaient d’elles même d’un magma un peu baroque et vaguement indigeste sur la longueur, je les isolerais, comme j’avais isolé Chicago ou Futile devices sur ses LP précédents.  J’avais lancé l’album et continué à vaquer (je vaque beaucoup) à mes occupations.

Mais dès les premières mesures, je sentais quelque chose de bizarre, une étrange impression qui se dégageait sans que je puisse mettre le doigt dessus. Un calme, une absence absolue d’artifice, une unité, une mélancolie aussi. Des phrases, au hasard de chansons plutôt minimalistes, se détachaient derrière la guitare souvent en arpèges, le banjo et la voix ultra douce de Sufjan Stevens. « You’ll never see us gain », « We’re all gonna die », « When I was three, three maybe four, She left us at that video store ».  Des phrases Lourdes, très Lourdes qui se cachaient derrière des mélodies faussement légères.

Je ne savais pas, avant de l’écouter attentivement cette fois, que Carrie & Lowell était un album du deuil. Un peu comme Magic and loss de Lou Reed, l’album était habité par une absence. Sufjan Stevens qui a perdu sa mère en 2012, a voulu raconter cette absence à travers onze chansons dont certaines se révèlent absolument bouleversantes. Un mot, une note qui se détache, une nappe de synthé à la fin d’une chanson.  Une présence flotte autour d’un disque qu’on ne peut absolument pas écouter d’une oreille distraite et surtout pas en vaquant.  Fourth of July , le cœur de l’album, chef d’œuvre poignant au pouvoir lacrymal absolu, a le don de vous de coller un coup de blues phénoménal et de mettre à mal la virilité la plus affirmée des mâles supposés insensibles. Je me mords la lèvre inférieure et je ne fais pas le malin.

6 comments

  1. Le pb c’est qu’il est tellement bon que je me le suis fait piqué et que je vais avoir un mal de chien à le recuperer……

      1. ah oui mais moi j’ai besoin du CD …et faut dire que les artistes (ou les maisons de prod) font des efforts pour fabriquer de beaux objets …. le numérique ne passera pas par moi (sauf pour les films ….et surtout les séries….genre GOT si tu vois ce que je veux dire ….)

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