Je cherche l’Italie – Yannick Haenel

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Depuis les Renards pâles, roman politique atypique assez fascinant, sorti à l’automne 2013, j’avais placé Yannick Haenel dans le peloton de tête resserré de mes écrivains français préférés. Aucun mérite, la presse, elle aussi s’était extasiée et même si Haenel avait fait chou blanc côté récompenses avec ses Renards pâles -qui avaient fait de la Place de la République un sanctuaire avant Charlie – il faisait désormais définitivement partie du cercle des écrivains super doués, super attendus, qui finiraient c’est certain, par décrocher la grosse timbale un de ces quatre. Moi, je guettais sans guetter, je me disais que quand le nouveau Haenel sortirait, je serais un de premiers à le lire. Je suis une petite groupie comme une autre.

Je cherche l’Italie avait donc à peine eu le temps de d’être mis en rayon chez mon libraire préféré, que déjà, je passais à la caisse, bave aux lèvres comme un renard (hommage) enragé. Je suis basique. Yannick Haenel écrit des romans. Je m’attendais à un roman.

Mais Je cherche l’Italie n’est pas un roman. C’est une réflexion, une méditation, un journal, un making off, une errance littéraire, un carnet de voyage. Yannick Haenel, après le succès polémique de Jan Karski en 2011, est parti avec sa femme Barbara, vivre en Italie, à Florence pour, en quelque sorte, se ressourcer. Il y a vécu pendant quatre ans.

Je me disais : l’Italie est une source, et celui qui parvient à vivre à la source s’ouvre le chemin du bonheur. Voilà : nous venions ici pour être heureux.

Au cœur de la ville musée, Haenel déambule le nez en l’air, seul. Il marche, admire le Baptistère, les œuvres de Fra Angelico, se couche au pied des cyprès, il s’interroge :  « Est-il possible que la contemplation conduise au bonheur ? »

Réflexion philosophiques sur le délitement de l’Italie à travers l’image catastrophique de ses hommes politiques, lectures nombreuses, Haenel s’astreint à relire les œuvres complètes de Georges Bataille. Douze volumes… Chevauchant son vélo dans une Florence vidée de ses touristes, il déambule, s’arrête devant un mur, une façade, erre à la recherche d’une certaine forme de vérité. Il a débuté l’écriture des Renards pâles et fait la connaissance d’Issa, jeune clandestin sénégalais, dont la rencontre influence nécessairement l’écriture des renards. Il parle d’amour (beaucoup), de littérature (encore plus), il s’enfonce dans une forme de déprime contemplative. Il relit encore et encore les œuvres de Bataille comme je lirais les mémoires de Raymond Domenech ou Poulidor. Il se met à la marge, il pense, observe, il se tient à l’écart, écoute de la musique, Godspeed You ! Black emperor ou Aphex Twin. Il vit l’Italie comme on s’accorde une parenthèse contemplative. Il regrette les excès de la société dans laquelle il vit, il les dénonce, de Hiroshima à Lampedusa. Est-ce qu’il trouve le bonheur dans ce recul? Il faudrait lui demander.

Je cherche l’Italie est donc plutôt un OLNI inclassable. Qui ne connait ni Haenel, ni Florence ni Bataille (je lève le doigt, j’avais une tendance forte à sécher les cours de philo en terminale),pourra trouver le temps un peu long et bailler une ou deux fois en tournant les pages. Ce livre est le carnet de voyage solitaire d’un homme qui s’est mis volontairement à l’écart pendant quelques temps. En ermite moderne, Haenel s’est assis sur sa montagne et a observé la merde dans la vallée.

Pour les fans. De Haenel, de Florence ou de Bataille.

Au fond je n’ai fait que ça en Italie : contempler des murs.

 

Je cherche l’Italie, Yannick Haenel, éditions Gallimard

6 commentaires

  1. J’avais arrêté Les renards pâles à mi-lecture, non faute d’intérêt mais bien au contraire parce que ce livre me touchait trop ( ou quelque chose comme ça , il y’a des années où on n’est pas en forme …;-)
    Toujours un peu cafardeux , le Haenel, à ce que tu en dis , mais toujours bien intéressant à ce qu’il semble

  2. Je ne connais pas du tout Haennel ….jamais entendu parler des renardspâles …mais toujours des lectures renversantes/ derangeantes …..tdonc je note ! Merci Nombril …

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