La dictature des ronces – Guillaume Siaudeau

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J’étais plutôt du genre à ne pas croire au paradis mais à craindre l’enfer

Je déteste les bons sentiments. Je ne suis pas un adepte des feel good movies. Je les regarde toujours d’un œil méfiant et vaguement cynique. Même chose pour la musique, les gratteux mielleux m’emmerdent. Quant aux bouquins, c’est pire. Je me suis récemment tapé, à contre poil,  le chat désastreusement niais de Gilles Legardinier et je fais désormais bien attention à éviter les facéties fantaisistes de Romain Puertolas. Bref, la bonne humeur forcenée, étiquetée 100% lisse, qu’elle soit cinématographique, musicale ou littéraire me file une gerbe affligée dont seule l’écoute complète des albums de Bauhaus ou de Dead can dance parvient à m’extirper.

 C’était un bar de campagne comme j’en avais déjà vu quand je suivais mon père, il y a quelques années en revenant  de l’école. Avec ses poivrots habitués et sa patronne à deux doigts de devenir un mec.

Et pourtant. Il suffit que je prenne en mains un roman de Guillaume Siaudeau, mais Arnaud Dudek, Thomas Vinau et Pierre Raufast me font le même effet, pour voir: le printemps bourgeonner, les jeunes filles en fleurs et Jean-Marie à l’hôpital.  Dès les premières pages de La Dictature de ronces, je m’enfonce dans mon fauteuil et me laisse guider dans le monde de Siaudeau, un univers parallèle poétique et absurde, peuplé de Pierrots lunaires aussi dingues que charmants.

Le narrateur, qui traîne son mal être sur son canapé, se voit proposer une parenthèse enchantée sur l’île de Sainte-Pélagie, petit bout de terre à la marge, plus proche de la lune que du continent, dont le rythme, la météo et les habitants donnent un aperçu de ce que pourrait être la vie sur un satellite de Mars. Rencontres du troisième type, tord-boyau et chien à trois pattes, vendeurs de l’encyclopédie « Fourre-tout » qui visitent leurs clients à trois heures du matin pour être certains de les trouver à la maison, enfants à la folie créative, giboulées de neige en plein été. Un petit monde qui m’a rappelé – chacun ses références pourries – les épisodes de Father Ted, une série anglaise hilarante des années 90, dans laquelle trois prêtres vaguement fous, s’ennuyaient au large de l’Irlande, sur Craggy island, petit rocher oublié peuplé de barjots consanguins.

Alors disons-le, La dictature des ronces est un bijou de littérature jouissive qui m’a fait rire de bout en bout. Guillaume Siaudeau est un poète du quotidien à tendance contemplative, un auteur qui se balade le nez en l’air et dont chacune des phrases pourrait être isolée, encadrée. De l’humour, de l’absurde et beaucoup de poésie. Le petit bonheur.

Depuis qu’il m’avait confié son secret, j’avais du mal à le regarder en face et nous ne parlions que très peu. Il y avait beaucoup de vent entre chacune de nos phrases.

 

La dictature des ronces, Guillaume Siaudeau, éditions Alma

One comment

  1. Merci pour cette belle critique qui donnera certainement envie aux lecteurs de découvrir ce roman. La lecture de Guillaume Siaudeau est très plaisante: Oui, c’est un poète au quotidien, mais c’est aussi un poète original. Vivement le troisième !

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