Temps glaciaires – Fred Vargas

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A force de tourner en rond, on s’enfonce dans le sol comme une vis.

Le retour d’Adamsberg,  Danglard et Retancourt. C’est vrai qu’ils avaient fini par me manquer depuis L’armée furieuse. Je me disais, depuis le temps, qu’on allait pas tarder à retrouver de belles têtes de gondoles noires et blanches dans tous les Relay H de France et de Navarre. Les fameuses couvertures Noires et Blanches des éditions Viviane Hamy… Aussi indispensables au plaisir d’un Vargas que les bouteilles de blanc pour Danglard ou les Pyrénées pour Adamsberg…

Et puis un jour elles sont revenues, les têtes de gondole. Et c’est bien dans un Relay H – à moins que ce ne soit dans un Auchan ou une station-service – que je les ai vues en premier. Photo Noir et blanc d’un sanglier errant dans une forêt brumeuse, couverture noire dans un cadre blanc, tout était là. On pouvait s’y méprendre.

Comme un consommateur trop rapide peut se gourer dans un rayon et choisir la « marque-repère » de Pépito du supermarché au lieu de se saisir des seuls, des vrais Pépito, le dernier Vargas est un Flammarion qui fait semblant d’être un Viviane Hamy. Vous me direz, on s’en fout, non ? Tant qu’on a sa dose d’Adamsberg, de Danglard, de bons mots, d’énigmes tordues peuplées de barjots provinciaux aux obsessions improbables et aux noms bien désuets comme il faut.

Oui mais là, ça sent la pâte à tartiner chocolat-noisettes Casino ou Carrefour, jamais le Nutella de feu Ferrero.

Je croyais beaucoup de choses mais jamais m’ennuyer en lisant un Vargas. Jamais imaginer l’abandonner à mi-chemin, fatigué de ses pirouettes qui pour une fois sonnent faux. Je me trompe sans doute mais j’ai eu le sentiment qu’elle avait répondu à une commande de son nouvel éditeur. « Fais-moi un bel Adamsberg, un truc bien épais qui fera plaisir aux fans. Mets-y un sanglier presque humain, des cinglés de la révolution qui rejouent la terreur en costume, pense à nous inventer un châtelain de province, des frangins qui s’ignorent, un voyage en Islande sur une île plus au nord que le vrai nord et puis deux trois autres trucs… enfin tu connais la recette. »

J’ai terminé Temps glaciaires, je n’ai pas pu l’abandonner. J’ai trop aimé Adamsberg et ses adjoints pour les laisser tomber à la moindre incartade. Non, je me suis juste ennuyé comme rarement en lisant ce polar hâbleur, souvent embourbé dans des conciliabules interminables, des fausses pistes à l’intérêt incertain, des théories fumantes, dont même l’équipe d’Adamsberg finit par se lasser, jusqu’à s’approcher très près de la rupture et de l’explosion. Un sabordage, dont j’ai même fini par me demander si Fred Vargas ne l’appelait pas de ses vœux tant elle semble avoir peiné à relier la côte après avoir ramé à contre-courant pendant 500 pages. Danglard, chef de la mutinerie, prêt à évincer le capitaine du bateau, on se dit qu’il y a quelque chose de pourri dans le Royaume de Jean-Baptiste.

Le roman s’achève, enfin, et je m’inquiète pour la santé d’Adamsberg. Je me dis qu’il en a marre d’être là, qu’il est un peu tout seul, que Fred Vargas ferait bien de lui donner quelques congés sans solde, histoire qu’il récupère pour mieux revenir.

Temps glaciaires, Fred vargas, éditions Flammarion

 

2 comments

  1. ton billet était tellement bien que j’ai renoncé à en écrire un , finalement… Tu as jeté un froid , personne ne veut plus te parler ? 😉

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