Brut – Collectif

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 Ces hommes sans attaches, nourris et blanchis à prix d’or, et aux dollars sans limites, se moquent bien de l’étendue blanche qu’ils retournent. Cette région n’est pas la leur.

Putain de cauchemar au Paradis . Je me souviens il y a quelques années d’un voyage au cœur de l’Alberta. Je me souviens de l’immensité inconcevable des paysages. Je me revois en haut d’un col près de Jasper, le nez pointé vers le nord (toujours), tentant d’imaginer ce qui pouvait bien se cacher là-bas,  au-delà des frontières connues, là où il n’y avait plus de villes, plus de routes, plus d’hommes, seulement quelques communautés indiennes sur des milliers de kilomètres, jusqu’à l’Arctique.

Je ne connaissais pas l’existence de Fort Mc Murray, ville champignon perdue à 500km au nord d’Edmonton, au milieu du grand nulle part. Une ville symbole dédiée à l’or noir canadien qu’on extrait ici de la façon la plus sale qui soit. Fort Mc Murray, c’est un décor post-moderne de cauchemar, c’est the Road de McCarthy par -30°, c’est une ville de mercenaires, hauts salaires, prostituées, drogues dures, le plus fort taux de Syphilis du Canada et une terre qu’on éventre sans scrupules puisqu’on s’en fout de cette région où personne ne vit de toute façon, à part quelques tribus indiennes qui sont bien contentes de trouver un boulot grâce au pétrole qui les fait crever de cancers. Taux impressionnants. Les rivières sont pourries, peuplées de poissons difformes, la région meurt à vitesse Grand V et Stephan Harper, le cynique et fantastique premier ministre canadien, sourit à tout va et se félicite de cette manne inespérée. La frontière avec les USA, celle qui concentre 95% de la population est loin, il ne se passe donc rien là-haut qu’on ait besoin de connaitre et le Canada peut continuer de cultiver sa bonne image, celle du gentil Nord-américain, tellement plus sympa que son bruyant voisin.

La démocratie est-elle soluble dans le pétrole ?

Un ouvrage collectif fait état du désastre, Brut, collection de points de vues, David Dufresne, Melissa Laboucan-Massimo, Rudy Wiebe, Nacy Huston et Naomi Klein. Ce petit bouquin, concis et précis nous relate l’horreur de l’intérieur. Témoignages, dialogues. Un constat édifiant et triste. Rudy Wiebe clôt le livre avec une nouvelle « L’ange des sables bitumeux », poésie apocalyptique traduite par Nancy Huston.

David Dufresne a passé trios hivers à Fort Mc Murray et réalisé le génial documentaire « Fort McMoney », diffusé par Arte en ce moment. Je vous invite à y jeter un œil, il est à pleurer.

Le paradis est donc pourri il a été acheté par Shell et Total…J’ai mal à ma feuille d’érable.

Au loin, l’usine Syncrude, Notre-Dame de la pollution, Gotham City, jaune aussi, flammes et fumées.

http://future.arte.tv/fr/fort-mcmoney

Brut, collectif, éditions Lux

 

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