La politesse – François Bégaudeau

 

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Il ne s’est jamais produit qu’un écrivain me cite amicalement. En vérité, aucun n’aurait l’idée de me lire, soit prescience d’une incompatibilité, soit crainte de détester aimer.

Oui, oui, François Bégaudeau traîne derrière lui une vilaine réputation de tête à claques parisiano-bobo rive-gauche, pas du tout justifiée puisqu’il traîne plutôt rive droite et qu’il est né à Luçon en Vendée, ce qui de l’avis d’un ressortissant frontalier (Maine et Loire), n’est en rien un avantage pour débuter dans la vie.

Bégaudeau, je l’ai découvert en regardant la Matinale de Canal, époque Maïtena Biraben. Bégaudeau, look surcool, pull en V de rigueur à même la peau, venait y parler de culture avec autant d’à propos que d’arrogance. Il assénait des vérités indiscutables sur le bon et le mauvais goût,  moulinant des bras et des mains (qu’il a très souples), jamais bien loin du petit sarcasme et de la condescendance matinale. Après on l’a revu au Cercle. J’adore le Cercle. Toujours ce petit rictus, ce ventilateur de poignets et ces petites phrases en forme de « T’as rien compris, donc je t’explique » que ses collègues semblaient goûter tout particulièrement. Après il y eu Entre les murs de Cantet, il y a eu Cannes…Changement de braquet, de statut, d’ambitions ? Je ne sais pas. Je ne connais pas François Bégaudeau dont on me dit pourtant qu’il peut être charmant. Je n’ai jamais eu envie de lire ses livres. Je sais qu’il est doué, je le vois, je l’entends mais j’ai peur de la littérature qu’il m’évoque. Un truc compliqué, snob que je serai bien sûr beaucoup trop con pour apprécier. J’ai pourtant franchi le pas cette fois-ci, attiré par quelques bonnes critiques entendues ici et là. J’ai acheté La Politesse. Je l’ai même lu.

L’unique réflexe viable de remercier annule la louange en induisant qu’elle est pure politesse. Un compliment est irrecevable, une pique inoubliable.

Trois parties. Un tableau désespérant du statut actuel de l’écrivain, baladé, victime docile et « polie », de librairies désertes en foires improbables où on vous prend pour un autre, où personne ne lit jamais vos livres et passe son temps à demander où est David Foenkinos. Une deuxième partie « moins polie » en forme de rébellion à l’encontre de ceux qui continuent d’ignorer l’écrivain, aux mêmes endroits, dans les mêmes circonstances…Désabusé. Et puis la dernière partie qui se déroule en 2023, époque où la littérature telle que nous la connaissons est morte et enterrée, débarrassée de ce qui la pourrit depuis le trognon. Bizarrement, cette époque semble mieux convenir à ce narrateur/auteur qui paraît plus apte à s’épanouir dans cet environnement enfin dépouillé de cette politesse, cette hypocrisie qui consiste à respecter des codes qui enterrent chaque jour un peu plus la seule littérature qui vaille la peine qu’on la défende, celle ambitieuse, exigeante qui se vend forcément moins facilement que les livres des vilains Foenkinos, Teulé ou Gavalda.

Festival des mots en bouteille, à Saint-Bartigneau. – Ya aussi Lire entre les vignes à Grignand. -Ou La grappe des pages à Noziac.

BON. J’ai lu La politesse. Et je ne crois pas que je relirai un livre de Bégaudeau avant un moment. Bien sûr l’auteur est talentueux, bien sûr son récit est ambitieux, sa langue, parfois étrange, est exigeante, et je comprends qu’on puisse avoir envie de le défendre. Je me suis marré parfois. Parce que Bégaudeau est un homme de son temps, qui manie le dialogue court, la punchline de killer, donc oui je me suis parfois marré. Mais le flingage en règle de toute la profession, (oh, le méchant avec les blogs littéraires…) ce petit côté salope, sourire en coin, petite vacherie discrète agrémentée de name dropping qui permet de déglinguer, sous couvert de blagues polies, jusqu’à son propre éditeur en passant par d’autres (Alma, La Manufacture de livres…) et tous les écrivains qui vendent plus que lui, m’a collé une petite gerbe tenace. Les festivals en prennent plein la tronche, les librairies aussi et finalement le plus con là-dedans, celui qui n’est même pas foutu de faire le tri, celui qui est aussi débile quand il déambule dans les travées du salon du livre que quand il fait ses courses à Leclerc. Je parle du lecteur bien sûr.

Des queues s’allongent devant les auteurs à succès. Celle de Michel Drucker est plus longue que celle de Jean Teulé.

Alors voilà. Je vais laisser François Bégaudeau pérorer, se complaire dans sa posture d’incompris tellement au-dessus du lot qu’il en est incapable d’échanger avec ses contemporains. Je lui reconnais tous les mérites du monde et certainement celui de l’exigence intellectuelle mais je ne sais pas à qui il parle. Plusieurs fois, je me suis demandé à qui pouvait bien s’adresser ce bouquin. Qu’est-ce que le lecteur peut bien avoir à foutre de cette rancœur corporatiste ? Les âmes charitables diront que la dernière partie justifie le propos et qu’elle se place tellement au-dessus de la mêlée médiocre qu’elle peut se permettre le mépris. Moi, ça m’intéresse pas.

Les clashs sur toi, ça prouve que t’es connu, gros. Le clash, c’est du buzz.

 

La politesse, François Bégaudeau, éditions Verticales.

 

8 comments

  1. C’est drôle car moi non plus il ne m’est jamais venu à l’idée de lire un livre de Bégaudeau alors que je le connais finalement à peine. Certaines personnes parviennent à se rendre antipathiques en un tour de main…
    Vu ce que tu dis de la Politesse, je crains que ce ne soit pas pour moi non plus, et en même temps ça me rend curieux de voir à quoi ressemble ce petit jeu de massacre.

  2. J’avais trouvé « Entre les murs » insupportable, que ce soit le roman ou le film d’ailleurs…et ses articles dans Transfuge m’énervaient également…ton billet est tellement bien tourné qu’il me donnerait presqu’ envie de lire ce livre, juste pour rigoler…mais vu tous les bons livres que je n’ai pas le temps de lire, je vais passer mon tour

    1. Eva, complètement d’accord avec toi pour ce qui concerne ses éditos dans Transfuge… Merci pour ton petit mot très sympa. Oui j’ai vu sur ton blog que tu avais un peu de boulot cet été … Grosse PAL !

      1. Tant que je ne suis pas en vacances, elle va descendre assez vite, vive les transports en commun!
        je continue d’explorer ton blog, qui me plait beaucoup…ce qui est drôle c’est que je l’ai découvert avec l’article précédent intitulé Metz, j’ai cru que c’était un billet sur ma ville d’origine! (cela dit j’aime bien Sub Pop donc je n’étais pas trop déçue ^^)

      2. Grande lectrice donc…4 ou 5 bouquins par semaine, c’est ça? Moi qui croyais passer trop de temps dans les transports, je m’incline! Sub Pop, je connais mieux que Metz (la ville). Mais je l’avoue, ma Lorraine et limitée…

  3. Je découvre ton blog (via Hop sous la couette) et je plussoie ! Même parcours : la Matinale, le Cercle et puis Cannes et là la grosse tête .. d’ailleurs il ne peut pas cacher sa nature dans le Cercle et les autres s’en amusent,je vois qu’avec son livre il peut enfin crier haut et fort qu’il est beau le Bégaudeau .. mais n’est pas Kayne West qui veut ..

    Je passe mon tour mais je te remercie d’avoir fait la démarche afin de nous en protéger 😉

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