Savannah – Jean Rolin

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Quand les images filmées par Kate montrent quelque chose d’intéressant, et c’est le plus souvent, on peut s’attacher à ce qui est montré, momentanément, et oublier le reste. Quand elles ne montrent rien, comme dans le cas du Kevin Barry’s pub, on n’y voit qu’elle – même si elle est absente de l’image.

Faire son deuil comme s’il était un chemin à parcourir physiquement. Tenter de revivre, jusqu’à l’excès, dans les moindres détails, des scènes vécues avec l’être aimé aujourd’hui disparu. Lutter contre la confusion des images qui s’effacent chaque jour un peu plus et qui rapprochent de l’oubli inévitable. Jean Rolin aimait Kate Barry, fille de, artiste tourmentée, décédée brutalement en 2013. Jean Rolin fait son chemin et part seul à Savannah, Géorgie. Il refait le voyage qui avait conduit le couple, en 2007, sur les traces de l’écrivaine Flannery O’connor. Kate avait tout filmé avec son petit appareil photo. Des heures de film, scènes fabuleusement banales, rues quelconques, motels miteux ordinaires.

Des images dont le seul intérêt réside dans la présence quasi fantomatique de Kate qui habite ce récit, qui l’enveloppe jusqu’à l’obsession. Recherche Kate désespérément. On éprouve une peine formidable à la lecture de ce portrait qui n’en est pas un, devant la pudeur de l’écrivain qui se cache derrière une avalanche de détails en trompe l’œil pour ne pas s’épancher. Un homme qui marche dans des rues anonymes, qui lutte contre la perte inexorable.

On ne peut pas être insensible au sujet. Il est universel. Peut-on alors juger le livre, dire ce qu’on en pense, apporter une critique ? Je ne sais pas. Je devrais peut-être m’en dispenser. Je vais seulement livrer une impression sur ce récit dont la forme pourra désorienter le lecteur, voire l’ennuyer profondément. Descriptions volontairement banales, détachées, presque extérieures, de scènes de vie tellement peu extraordinaires mais tellement vraies. Kate filmait tout, jusqu’aux chambres des motels dans lesquelles le couple s’arrêtait. Alors, je me suis souvenu de Mystery Train, de Mitzuko et Jun, rockeurs japonais perdus dans un Memphis désolé, de Jun qui prenait la chambre d’hôtel en photo parce que les aéroports et les chambres d’hôtel, il les oublierait.

Savannah, pas un livre de plage, une certaine forme de poésie, pudique et triste, mais pour public averti, uniquement.

Savannah, Jean Rolin, éditions P.O.L

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