L’Arabe du futur – Tomes 1&2 – Riad Sattouf

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Carton absolu, plus de 200000 exemplaires vendus, le Grand Prix à Angoulême, têtes de gondoles dans les supérettes et les stations-services, la totale. J’avais, j’avoue, mon œil mauvais de snobinard quand je regardais l’Arabe du futur, puni et prenant la poussière sur ma table de chevet depuis des mois. J’en avais pourtant entendu beaucoup de bien mais le titre (je le voyais post-colonialiste bien-pensant) me gênait. L’actualité bien sûr avait rattrapé Riad Sattouf et je n’avais aucune envie de me plonger dans cette histoire dont je me disais qu’elle me rappellerait certainement le Persepolis de Marjane Satrapi. Et puis, le tome 2 est sorti avant même que je débarrasse le tome 1 de la couche de poussière qui le recouvrait.  Je l’ai acheté et je me suis lancé dans ce récit dense, sans en savoir plus. Riad Sattouf, je connaissais un peu. Pascal Brutal côté BD mais surtout les débilement drôles Les beaux gosses et Jacky au royaume des filles, côté ciné. Sattouf est décalé, vraiment drôle et même si pour tous les snobs le succès est suspect, je me disais que cet Arabe du futur ne pouvait pas être totalement mauvais.

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Je ne m’attendais pas à prendre une fessée en lisant les mémoires d’un gamin de ma (presque) génération. Sattouf est né en France en 1978, d’une mère bretonne et d’un père Syrien. Je sais bien qu’on s’en fout des origines et du département qui nous a vus naitre, mais dans ce cas précis, ça a quand même son importance. Une enfance chez Khadafi et chez Assad père. Une enfance partagée en mère aimante, vaguement soumise, un peu consentante, totalement impuissante, et un père, un peu, voire très ridicule, tiraillé entre toutes ses contradictions, à la fois occidental et traditionnel, pas vraiment musulman mais qui au fur et à mesure commence à se fondre dans un décor apocalyptique qui relaie les pires clichés imaginables sur la violence culturelle de cette région et qui semble se dégager des scènes mêmes les plus anodines.

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Antisémitisme, dictature, rejet de l’étranger, soumission absolue de la femme, crimes d’honneur, pendaisons publiques, tout passe sous les yeux effarés de ce gamin blond de quatre ans, effrayé par la vie qui l’entoure, par sa maitresse d’école – sorte d’étron voilé au physique de catcheur, bâton en mains, mini-jupe et talons aiguilles. On sent le père qui dérive, qui justifie l’impensable, on voit le gamin de plus en plus perdu et de plus en plus accroché aux valeurs de son père, les seules capable de lui assurer une intégration en milieu hostile.

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L’Arabe du futur, et le tome 2 encore plus peut-être m’a laissé un sale goût dans le gosier. J’aurais adoré que le bouquin casse les clichés et s’attache à faire un portrait au moins nuancé de sociétés qu’on regarde encore plus de travers depuis le 7 janvier. Mais Sattouf se contente d’être honnête et de décrire avec les yeux du gamin qu’il était, deux pays, Lybie et Syrie, tirés en arrière par des traditions qui nous paraissent parfois moyenâgeuses, où le meurtre d’une femme adultère est non seulement pardonné mais glorifié, où l’éducation fait tout ce qu’elle peut depuis la plus jeune enfance pour éteindre voire exterminer ce qui fait notre fierté et notre raison d’être à nous, le sens critique.

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Je m’attendais à me marrer en lisant l’Arabe du futur, j’en ressors, après avoir dévoré les deux tomes, avec un gros malaise et sans doute encore plus depuis que je sais à quel point il cartonne. Tout ce que vous pouviez imaginer y est, en pire et j’ai peur –à tort j’espère – que certains le lisent de travers et qu’il contribue à ses dépens à détériorer l’image déjà dégueulasse qu’on nourrit par rapport à ces pays-là.

On souffre pour ce gamin blond fragile aux allures de Rahan déguisé en Petit Nicolas de Homs. On n’espère qu’une chose, que sa mère se réveille et qu’elle se barre avec lui de ce qui ressemble à un enfer pour des petits gars comme nous. Le Paradis c’est chez nous (même s’il est peuplé de fous).  Sale sentiment exactement à l’opposé de ce dont on aurait bien besoin en ce moment alors que les bateaux affluent sur nos côtes occidentales.

L’Arabe du futur, chronique passionnante, page turner imparable et gueule de bois durable.

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L’Arabe du futur, Tomes 1&2, Riad Sattouf, Allary éditions

8 commentaires

  1. Je ne suis pas sur de bien saisir le sens de votre billet. En gros, c’est aigre-doux, c’est cela? D’une part, ça raconte des choses dure qu’a vécu un enfant, et du coup on sympathise et on soutient. D’un autre, c’est franchement caricatural et réducteur et du coup on se demande si ça ne rejoint pas le main stream des représentations nauséabondes, racistes -disons le! – sur les arabes qui irrigue la belle France?
    Perso, je préfère aller droit au but : la bédé participe clairement, indépendamment des intention de son auteur, à la représentation raciste des arabes en France. Songez-y : aucun personnage arabe, mais aucun, ne tire son épingle du jeu. Aucun n’est positif. Aucun aspect des sociétés arabes dépeintes à la vlà comme j’te pousse, ne l’est non plus. C’est donc une sélection de traits négatifs auxquels on réduit tout un peuple. Si c’est pas du racisme ça?
    Sattouf est obsédé par les obsessions des autres. Il en a oublié son obsession à lui : les mauvaises odeurs. Les seules odeurs qu’il y a (tome 1) sont des odeurs de viande faisandé, de sueur, de pisse et de merde…
    ENOOOOOORME MALAISE

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