Avec lui – Nathalie Poitout

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Paul a très vite parlé de sa conception de la vie. « Tout en gris, mais pas avec toi. »

Autopsie d’une rencontre, d’un amour ? Des premiers jours passionnés, de la fusion des cœurs et des corps, au délitement, à la souffrance, la séparation puis la renaissance. De la difficulté d’aimer réellement au-delà de soi, de savoir reconnaitre en la personne en face, une âme qu’on aime encore plus que son propre ego. Se persuader qu’elle, ou il, est le bon, avaler des couleuvres, sourire malgré tout jusqu’au bout, jusqu’à ce que les mufleries, le rejet, finissent par l’emporter sur l’espoir auquel on s’accrochait comme une bouée, dernière frontière avant le plongeon.

Marie et Paul se rencontrent. Paul est artiste dans l’âme, charmant, peut-être un peu taciturne à ses heures. Marie a trouvé l’homme. Il s’attache, elle s’attache. Bonheur des premiers émois et premières erreurs. Paul fait entrer Marie dans son univers. Pas l’inverse. Il la place dans le cadre. Mets une jupe, attache tes cheveux. Des multitudes de détails insignifiants. Marie est heureuse, elle entre dans le monde de Paul comme on entre en religion. Elle déambule, non sans gêne, dans une cuisine qui était occupée par une autre il y a peu encore. L’Autre. Marine, l’ex-femme qui est partie et dont l’ombre envahit tout, surtout l’esprit de Paul qui ne cesse de la regretter, ouvertement. Tant pis pour Marie. Et Marie accepte, tient son cap, son unique cap, pour ne pas se perdre. A mesure que le fantôme de Marine grandit, Marie rapetisse. Le piège s’est refermé sur elle alors que Paul, égocentré, se complait dans une mélancolie, un état dépressif permanent, qui gangrène, qui aliène, qui finit par atteindre Marie, jusqu’à la destruction ou presque.

Avec lui, le premier roman de Nathalie Poitout, est un texte court (Alma !) sensible, ou chat mot est pesé dans un style clinique, froid, aussi glacé qu’une autopsie. Dur mais juste. Une écriture économe qui en laissera sans doute quelques-uns sur la touche tant ce roman à la sobriété presque masculine, aurait pu se décliner sur des dizaines de pages encore. Mais c’est ce qui fait sa force à mon goût. Un uppercut implacable, un majeur dressé à l’encontre des amoureux transis, qui comme Marie auraient le tort d’attendre le Prince charmant des contes de fées. Ecorché le Prince…et méchamment écorcheur. Touché.

Elle n’attend plus rien. Elle regarde le vent souffler.

 

Avec lui, Nathalie Poitout, éditions Alma

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