Il faut tenter de vivre – Eric Faye

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Ce qu’elle convoitait, c’était ni plus ni moins elle-même.

 

Celui-là s’est un peu perdu dans la masse des romans de la rentrée. C’est comme ça. Ce n’est pas le seul non plus. Matthias Enard a franchi la ligne d’arrivée en tête, quelques ’uns vont après lui récupérer le fameux bandeau rouge qui s’affichera dans tous les relais H et la multitude retournera à son anonymat promis. On renverra les nombreux invendus à des éditeurs résignés et puis voilà. Eric Faye est sans doute suffisamment connu pour que son Il faut tenter de vivre continue sa petite route tout seul, mais il n’a pas bouleversé l’ordre établi, il a plu, sans plus, alors on le rangera bientôt, comme les autres. C’est comme ça et puis tant pis.

J’avais adoré son Nagasaki il y a quelques années, un roman court un peu hanté. Alors quand son dernier livre est sorti, je l’ai suivi. Une histoire de fausse identité, une autre après le Sorj Chalandon, un itinéraire à la Christophe Roquancourt ou le portrait d’une femme qui a vécu en dehors de sa vie, à travers des personnages qu’elle s’est inventée pour mieux s’éviter. Sandrine Broussard, jeune fille des années 90, enfant malheureuse rejetée par une mère perverse qui soudain décide d’échapper à son existence médiocre pour devenir une autre, insaisissable, manipulatrice, voleuse d’identité dont la fuite devient la raison de vivre pour ne jamais accepter de devenir celle qu’elle est réellement. L’art de la fuite et le mensonge comme modèles de vie. Fasciné par ce personnage hors normes, le narrateur, dont on pourrait croire qu’il est l’auteur lui-même, suit le parcours de cette comète dont la trajectoire frôle parfois la vie des autres et la sienne pour mieux s’en éloigner.

Car le temps est bien à ce jour le seul Dieu dont on ait prouvé l’existence.

 

Il faut tenter de vivre est un roman attachant, une réflexion sur le temps qui passe, sur l’héritage du passé, sur l’identité. Je l’ai lu avec plaisir même si je ne pourrais pas dire qu’il me marquera réellement. Je ne me suis pas ennuyé mais je ne me suis jamais emballé non plus. Peut-être un peu trop sage, comme la langue d’Eric Faye dont les accents sont parfois un peu désuets. Il a manqué un petit quelque chose, une petite étincelle, pour que  Sandrine Broussard, le jeune fille rousse un peu perdue, devienne une héroïne inoubliable. Tant pis.

Il faut tenter de vivre, Eric Faye, éditions Stock

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